Quatre ans après la demi-finale historique du Qatar, les Lions de l’Atlas débarquent aux États-Unis avec un nouveau sélectionneur, une génération renouvelée et une exigence inédite : confirmer. Le 14 juin face au Brésil, tout commence.
Le poids du statut
Qatar 2022 a changé la nature du problème. Avant, le Maroc gérait l’espoir. Désormais, il gère l’attente. Premier pays africain en demi-finale d’un Mondial, les Lions de l’Atlas arrivent à ce tournoi nord-américain avec un statut nouveau et plus contraignant : celui d’une équipe que l’on ne surprend plus, mais que l’on surveille. Carlo Ancelotti, sélectionneur du Brésil, l’a dit sans détour après le tirage : le Maroc est « l’adversaire le plus dangereux » du groupe. Ce n’est pas une politesse — c’est une lecture.
Le groupe C est lisible sur le papier : Brésil, Maroc, Écosse, Haïti. Deux premières places disputées par deux sélections de rang mondial, une Écosse difficile à manœuvrer, une Haïti sans complexe. La qualification n’est pas en jeu — c’est la première place qui l’est. Et c’est précisément ce changement de registre qui définit l’enjeu marocain de ce Mondial.
Ouahbi : rupture ou continuité ?
Mohamed Ouahbi prend la tête d’une sélection en pleine transition générationnelle. Nommé il y a trois mois à peine, l’ancien sélectionneur des U20 a opéré des choix tranchés. Le plus symbolique : l’éviction de Youssef En-Nesyri, absent pour la première fois depuis dix ans d’une grande compétition. Rendement insuffisant, CAN décevante sans but inscrit — le message est clair. Ouahbi construit sur le présent, pas sur les états de service.
L’ossature reste celle qui a remporté la CAN 2025 : Bounou dans les cages, Hakimi et Mazraoui sur les flancs, Aguerd en défense centrale malgré une pubalgie récente, El Khannouss et El Aynaoui au milieu. Mais Ouahbi a introduit six nouveaux visages, dont Ayoub Bouaddi, 18 ans, talent de Lille dont la maturité et le génie balle au pied sont déjà une certitude. Brahim Diaz reste la boussole technique. Ce groupe n’est pas une reconstruction — c’est une mise à niveau.
14 juin, New York : le test de vérité
Le tirage a voulu que le Maroc entre dans le tournoi par la grande porte : Brésil, MetLife Stadium, New York. Cette affiche n’est pas un handicap — c’est une opportunité de positionnement. Un résultat positif face à la Seleção place les Lions d’emblée comme candidats sérieux à un parcours long. Un revers maîtrisé ne ferme rien. Une déroute, en revanche, hypothéquerait la dynamique psychologique pour les deux matchs suivants.
L’Écosse, le 20 juin à Boston, sera le match clé de la qualification. Style physique, pressing haut, capacité à gêner les équipes techniques — les Scots ne viendront pas en touristes. En 1998, le Maroc les avait écrasés 3-0 dans des circonstances dramatiquement injustes. En 2026, le contexte est différent, mais la rigueur exigée est identique. Haïti, enfin, le 25 juin à Atlanta : match à ne pas négliger, différence de buts à soigner en vue des huitièmes.
Ce que ce Mondial dit du football africain
Neuf équipes africaines qualifiées pour ce Mondial élargi à 48 nations : Maroc, Égypte, Sénégal, Algérie, Côte d’Ivoire, Cap-Vert, Afrique du Sud, Tunisie, Ghana. Le continent n’a jamais été aussi présent. Mais la présence en nombre ne suffit pas — c’est la présence en profondeur qui compte. Le Maroc a l’occasion de transformer une demi-finale en trajectoire. Un quart de finale serait une régression. Une demi-finale ou mieux confirmerait que 2022 n’était pas un accident, mais la naissance d’une puissance footballistique durable.
L’enjeu n’est pas seulement sportif. Il est de démonstration : le football africain peut produire sa propre architecture de jeu, ses propres standards d’excellence, sans calquer des modèles extérieurs. Le Maroc de 2026 en est la proposition la plus aboutie.
Dans six jours, New York rendra son verdict.
