L’Arabie saoudite et les États-Unis signent l’accord 123 sur le nucléaire civil

Washington et Riyad ont signé l’accord « 123 » sur le nucléaire civil, avant que Trump n’y ajoute unilatéralement une condition de normalisation avec Israël que l’Arabie saoudite n’a pas acceptée.

Un accord signé par les ministres de l’Énergie des deux pays

L’Arabie saoudite a conclu un accord avec les États-Unis pour établir un programme nucléaire civil. Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, et le ministre saoudien de l’Énergie, le prince Abdelaziz ben Salmane, ont officiellement signé mercredi l’accord de coopération nucléaire, connu sous le nom d' »accord 123″, en référence à la disposition de la loi américaine sur l’énergie atomique qui encadre les transferts de technologies nucléaires civiles, ainsi qu’un accord bilatéral de garanties en matière de non-prolifération.

Une capacité d’enrichissement potentielle, une première

Contrairement à l’accord conclu en 2009 avec les Émirats arabes unis, qui interdisait l’enrichissement et le retraitement des combustibles usés, le nouveau texte laisse cette possibilité ouverte à Riyad. Le cadre de l’accord ouvrirait la voie à la construction d’une installation d’enrichissement d’uranium en Arabie saoudite, à l’issue d’une étude conjointe américano-saoudienne, selon une source proche du dossier. L’accord prévoit également que le royaume pourrait limiter les sites auxquels auraient accès les inspecteurs internationaux chargés de vérifier ses intentions pacifiques, une dérogation aux inspections renforcées habituellement exigées dans ce type d’accord.

Un partenariat de trente ans autour du réacteur AP1000

Conclu pour une durée de trente ans, le partenariat repose notamment sur le réacteur AP1000 de l’entreprise américaine Westinghouse, un modèle d’environ 1.100 mégawatts, capable d’alimenter une ville de taille moyenne ou un grand centre de données dédié à l’intelligence artificielle. « Ces accords reflètent l’engagement commun de nos deux nations à renforcer les relations commerciales entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, à apporter la prospérité chez nous et la sécurité à nos alliés à l’étranger », a déclaré Chris Wright dans un communiqué.

Une condition de normalisation ajoutée après coup

Au lendemain de la signature, Donald Trump a affirmé que l’accord ne serait « approuvé » que si l’Arabie saoudite rejoignait les accords d’Abraham, une condition qui n’avait pas été mentionnée lors de l’annonce initiale du texte, mercredi. Selon la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, le président n’avait pas consulté les autorités saoudiennes avant de formuler cette exigence sur les réseaux sociaux. Elle a toutefois précisé que l’administration continuerait à échanger avec ses homologues saoudiens pour finaliser l’accord, en espérant voir Riyad rejoindre « très prochainement » les accords d’Abraham.

Riyad maintient sa position sur l’État palestinien

L’Arabie saoudite maintient de longue date sa position selon laquelle toute normalisation avec Israël est conditionnée à une feuille de route claire vers la création d’un État palestinien, une revendication à laquelle le gouvernement israélien reste fermement opposé. Une source saoudienne a affirmé au quotidien israélien Haaretz que « le royaume n’acceptera ni ne donnera rien gratuitement ». Ce développement marque un contraste avec l’approche adoptée plus tôt par l’administration Trump, qui avait jusque-là dissocié le dossier nucléaire de la question de la normalisation, une concession présentée à l’époque comme un moyen de faciliter les négociations avec Riyad.

Netanyahu salue la perspective d’une adhésion saoudienne

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a accueilli favorablement la condition posée par Donald Trump. « L’adhésion de l’Arabie saoudite aux accords d’Abraham constituerait un bond en avant historique pour la paix au Moyen-Orient », a indiqué son bureau dans un communiqué.

Une opposition bipartisane au Congrès

Au-delà de la question de la normalisation, des parlementaires américains, républicains comme démocrates, ont également exprimé leur opposition à l’accord nucléaire lui-même, craignant qu’il ne serve à terme au développement d’armes nucléaires. Interrogé sur ces risques, le secrétaire d’État Marco Rubio a tenté de désamorcer les critiques. « Les États-Unis ne concluront aucun accord avec quelque pays que ce soit dans le monde qui entraînerait un risque de prolifération », a-t-il affirmé mercredi, lors d’un déplacement aux Philippines. L’accord doit désormais être soumis à l’examen du Congrès américain.

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