Maati Monjib : activiste des droits de l’Homme “persécuté” ou intrigant malhonnête ?

Quelle que soit la réponse à cette question, la posture adoptée par l’universitaire depuis le début de cette affaire de fermeture précipitée du centre Ibn Rochd en 2014, ne contribue pas à servir le portrait d’un homme irréprochable dont le seul tort serait d’être devenu “une cible potentielle. Sexe, drogue, alcool…S’ils ne trouvent rien, ils fabriquent des accusations”, soutient Maati Monjib dans une interview à un média français. Le “ils” pourrait faire peur et le “fabriquent” en intriguerait plus d’un si l’historien ne revendiquait pas le statut de victime déresponsabilisée de ses actes et de ses paroles. Certains pourraient même être tentés de le croire, si seulement…

Au-delà des faits exposés plus bas, il y a bien plus qu’un doute raisonnable sur le personnage et la sincérité de ses combats. L’affaire Omar Radi en est un exemple que l’on ne peut ignorer. Il apparait aujourd’hui que le dossier du journaliste marocain semble n’avoir été qu’une clé utilisée par Maati Monjib pour activer des ONG à l’étranger et ouvrir les portes de médias pour plaider sa propre cause, en abusant pour recrépir au passage le mur des lamentations sur “le népotisme” du pouvoir, “la police politique”, le “harcèlement judiciaire” et la “répression”.

Il s’agit là de la même liste d’arguments de vente d’un Maroc au bord du précipice qui se “vengerait” de ses “voix libres” et qui circule en boucle dans 6 médias français: Orient XXI, France 24, RFI, Médiapart, l’Humanité, le Monde. Tous se sont relayés durant le mois de septembre pour octroyer un temps de parole à Maati Monjib qui a enfourché l’affaire Omar Radi pour parler de…lui. Rien ou si peu sur le journaliste dont l’affaire semble avoir atteint sa fin médiatique pour céder la place à celle de l’historien.

Questions complaisantes et tourbillon médiatique

L’entretien de Maati Monjib à Radio France International (RFI), le 24 septembre dernier, en est un exemple parfait. 9 questions complaisantes de la journaliste Karine Franck et un déroulé convenu sans la moindre allusion à Omar Radi, rien. Tout l’entretien était axé autour de Maati Monjib, « historien, journaliste, militant des droits de l’Homme et universitaire ». Extraits  :

Question : “quand vous dites « ils », qui désignez-vous ?” R: “En fait, c’est « la police politique » et cela relève de 3 organisations de la police y compris la DST.”

Question : “les réseau sociaux sont un outil pour vous intimider ?” R: “Aussi les réseaux sociaux où la police est très présente mais moi je parle de journaux même, même les premiers journaux par exemple Al Akhbar me diffame tout le temps (…) C’est loin des réseaux sociaux mais ça existe aussi la diffamation, les pressions les menaces de morts passent aussi via Facebook. Donc voilà, c’est quotidien ces intimidations-là.”

Question : “ c’est quotidien depuis des années ?” R: “(…) Je suis filé jusqu’à la campagne quand je vais voir ma mère et ma mère reçoit des menaces et elle a 88 ans et parfois la police me suis avec le gyrophare la nuit quand je reviens à Rabat, ils me suivent et ils mettent les gyrophares pour me faire peur. Quand je suis à l’étranger je suis filé par la police, même en France (…)”

Question : ” tout cela parce que vous publié des articles qui dérangent ?” J’écris régulièrement dans la presse, démontrant la corruption et le despotisme du régime (…) »

Question : “est-ce que vous avez l’impression que le Maroc bénéficie d’une certaine indulgence de la communauté internationale ?” R: “Les Etats occidentaux, oui ferment les yeux surtout depuis le printemps arabe sur les pratiques répressives du régime marocain, c’est très clair (…)”

Omar Radi relégué aux seconds rôles

Si le lexique de base récursif de Maati Monjib le rend prévisible, l’usage outrancier de la première personne questionne le lecteur tout comme il devrait interpeler Omar Radi , aujourd’hui seul au fond de sa cellule. Les accusations qui pèsent contre lui sont lourdes.

La justice marocaine le soupçonne d’avoir touché des fonds de l’étranger en échange d’informations sur le Maroc d’une part, et une plainte a été déposée contre lui par une collègue au sein de la rédaction du Desk, pour atteinte à la pudeur avec violence et viol, d’autre part. Les faits, qui remonteraient à la nuit du 12 au 13 juillet dernier pour le viol présumé, auraient eu lieu au sein même des locaux de la publication, délocalisés pendant la période de confinement au domicile de son directeur, Ali Amar.

S’il a servi de marchepieds à Maati Monjib et à ses alliés dans leur guérilla contre la monarchie, “c’est qu’il l’a bien voulu”, commentent en substance certains. D’autres, bien qu’ils ne partagent pas les positions du journaliste, récusent les accusations dont il fait l’objet et suivent avec dégoût l’instrumentalisation de son affaire par les petites mains cyniques qui s’affairent en coulissent à nourrir, quel que soit le prix à payer, un projet insurrectionnel.

Tout, pourvu que le Maroc en ressorte anéanti

Pour eux, une condamnation du journaliste ne serait alors qu’un “dommage collatéral”, pourvu que le Maroc en ressorte anéanti.

Le peu de mobilisation le 22 septembre dernier devant le tribunal où s’est tenue la première audience du procès d’Omar Radi, a provoqué “un immense malaise”, nous confie un confrère proche de l’accusé. “Ça a été un choc pour moi”, raconte-t-il, précisant “il n’y avait presque personne, nous étions mal à l’aise. Les militants ont promis de venir mais ils n’étaient pas là. Dans les réseaux sociaux, beaucoup se sont engagés et dénoncent mais à l’arrivée, il n’y a pas eu grand monde et le doute s’est installé sur la sincérité de ces engagements”, nous confie-t-il, dissimulant à peine sa colère.

L’affaire Omar Radi est donc récupérée pour tenter de redonner du tonus au discours des maîtres à penser du renversement des institutions du pays. Le nom du journaliste, âgé de 33 ans, continuera à figurer dans les listes et les courriers envoyés aux ONG ou aux médias étrangers pour continuer de doper le réquisitoire anti-marocain. Mais force est de constater qu’il commence déjà à s’effacer au profit de celui de Maati Monjib.

Maati Monjib, au-dessus de la loi ?

L’historien, qui semble maitriser les stratégies connues en matière de manipulation mentale et de victimisation, refuse depuis 6 ans de se voir demander des comptes sur “la dissolution” du Centre d’Etudes et de Recherches Ibn Rochd, liquidé précipitamment en 2014, après qu’il ait reçu des donations importantes. Il ne veut pas se voir demander des comptes par la justice marocaine alors qu’il lui suffirait de répondre à trois simples interrogations :

pourquoi une Société à Responsabilité Limitée, ce qui suppose une activité lucrative, pour un centre d’études et de recherches ?

-comment ont été gérés les fonds dont a bénéficié cette société ?

-comment expliquer des virements substantiels en faveur de membres de sa propre famille ?

Fondateur de l’ONG “Association Marocaine du Journalisme d’Investigation” dont il était trésorier, il a également bénéficié de virements d’un montant de près de deux millions et demi de dirhams entre 2010 et 2015.

Pour revenir au Centre d’études et de recherches Ibn Rochd, il s’agit d’une entité dont la forme juridique, pour le moins inhabituelle pour un centre de recherches, demande tout simplement à être clarifiée par l’Unité de Traitement du Renseignement Financier (UTRF), instance de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme créée 2009. En 2014, par exemple, cette instance rattachée au chef du gouvernement a reçu 305 “déclarations de soupçons” liées à des flux douteux de capitaux émanant notamment de 12 banques, 5 sociétés de transferts de fonds et 3 notaires. Dans le cas du centre Ibn Rochd, des opérations d’un tel montant au profit de tiers familiaux pouvaient-elles passées inaperçues ?

Une SARL qui aurait bénéficié de donations

Assurément non. A moins que Maati Monjib, ne bénéficie de privilèges ou ne se place au-dessus de la “masse”, L’UTRF ne pouvait que saisir le parquet général de Rabat, lequel a demandé à ce que la Brigade Nationale de la Police Judiciaire (BNPJ) enquête sur la dissolution du centre et les opérations financières qui semblent avoir entaché sa gestion.

Le statut de Société à Responsabilité Limitée (SARL) de l’entité créée par l’historien, enseignant au centre des études Africaines de l’université Mohammed V, attire d’autant plus l’attention de l’instance qu’elle recevait des financements, des “dons” de trois organisations internationales :

-“Privacy International” basée à Londres qui possède également un bureau à Washington et milite pour la défense des droits de l’Homme, en particulier contre la violation de la vie privée. Cette ONG est notamment financée par « Open society Fondation » du magnat américain de la finance, Georges Soros. L’Agence Suédoise de Coopération Internationale au Développement est également dans la liste des donateurs de « Privacy International ».

-“Free Press Unlimited” financée notamment par le ministère néerlandais des affaires étrangères et l’Agence Suédoise de Coopération Internationale au Développement, soutient également financièrement le centre crée par Maati Monjib.

-“National Endowment for Democraty”, fondée en 1983, dont l’objectif déclaré est le renforcement des institutions démocratiques dans le monde. Elle a été créée par le congrès américain qui vote le budget de la NED, lequel figure dans les dotations du département d’état ministere des affaires étrangères au titre de l’agence des Etats-Unis pour le Développement International, l’USAID basée à Washington.

Le problème qui est posé à l’historien est donc triple : celui du statut de cette entité dont sa propre sœur détenait 1% des parts, la légalité des “dons” perçus en tant qu’entreprise et l’utilisation des sommes qui ont été reçues et redistribuées à des membres d’une même famille.

Au total et sur 5 ans, l’entité aurait reçu plus de 40 transferts, totalisant 4 millions et demi de dirhams sur deux comptes bancaires personnels distincts.

Des virements en faveur de proches

Trois transactions bancaires particulièrement suspects auraient attiré l’attention des enquêteurs : la première d’un montant de 1 million de dirhams a bénéficié à la propre sœur de Maati Monjib , F.M .La seconde est également familiale puisqu’il s’agit d’un virement au profit de son épouse cette fois-ci, C.D, d’un montant de 1.050.000 dirhams. Enfin, la troisième transaction d’un montant de 400.000 dirhams aurait bénéficié à Maati Monjib qui l’aurait transférée sur un compte bancaire personnel.

L’historien a toujours refusé de s’expliquer sur l’usage de ces fonds et les transferts énumérés plus haut. Tout comme il n’a jamais apporté de clarifications sur la masse salariale apparemment disproportionnée, déclarée entre 2011 et 2014, sachant qu’il n’avait qu’un seul salarié durant cette période. Par exemple, en 2014, la masse salariale déclarée par le centre Ibn Rochd était de près de 180.000 dirhams alors qu’il n’y avait qu’un seul salarié déclaré à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale.

Au Maroc, chaque année les comptes de dizaines de milliers d’entreprises sont passées au crible que ce soit par la direction des impôts, des organismes financiers ou sociaux ou encore l’Unité de Traitement du Renseignement Financier.

Que les trois donateurs du centre d’études et de recherches n’aient jamais demandé de comptes au dirigeant de l’entité demeure aujourd’hui un mystère.

Tenter d’influer sur le cours de la justice

Mais que l’Etat reste les bras croisés devant des pratiques suspectes, reviendrait à enfreindre la loi elle-même. Blanchiment d’argent, fraude fiscale, malversations, escroquerie, abus de confiance, abus de bien sociaux ou détournement ?

 

Il revient à la Justice de le clarifier dans la sérénité loin des tentatives d’influer sur son cours exercées par Maati Monjib qui brandit la menace d’une grève de la faim pour tenter de se soustraire à la loi.

Ce n’est pas la première fois que l’historien adopte la posture du persécuté qui exige réparation d’un système qu’il dénonce pourtant : victimisation, amplification, déformation des faits. Chaque opportunité saisie est une possibilité pour exercer une pression sur la justice, les ONG ou sur les médias et garder le contrôle.

Maati Monjib utilise cette posture de manière discontinue depuis 6 ans. La question qui lui est posée est de savoir combien de temps cela peut encore durer.

 

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