Alger met la pression sur Emmanuel Macron

Dans un entretien avec des journalistes des médias publics algériens retransmis par la télévision nationale, le président Abdelmadjid Tebboune a estimé samedi soir qu’il « garde comme unique point de repère le président Macron » pour régler la crise entre son pays et la France. Emmanuel Macron se trouve aujourd’hui dans le rôle de celui qui doit trancher.

Emmanuel Macron qui, un temps donna l’impression de prendre de la distance avec le langage de fermeté adopté par son gouvernement sur l’Algérie, se trouve acculé à réagir sous peine de montrer à son opinion une inexplicable faiblesse politique à l’égard d’un défi majeur pour la sécurité des Français.

Mais avant même la fin de l’ultimatum fixé au régime algérien par le Premier ministre François Bayrou et le ministre de l’intérieur Bruno Retailleau, Alger avait catégoriquement refusé de recevoir la liste des soixante expulsés algériens, mettant les autorités françaises dans un véritable embarras dans leur bras de fer avec l’Algérie.

Outre le scandale presque inédit d’un pays qui refuse d’accueillir ses propres nationaux dûment munis de passeports biométriques algériens en cours de validité, cette position d’Alger est tout en défis et en rupture à l’égard de Paris. Les autorités françaises sont presque dans l’obligation de réagir et de dérouler cette réponse graduée promise par Bruno Retailleau.

Bruno Retailleau avait compris la gravité de l’instant. Et c’est pour ces raisons qu’il menace de démissionner dans le cas où il rencontre un manque de solidarité et de soutien de la part de l’Elysée avec sa politique algérienne. Inutile de préciser qu’une démission de Retailleau dans le contexte actuel équivaut à une fracassante sortie des Républicains du gouvernement qui va entraîner immanquablement la chute de ce dernier et la nécessité d’organiser des élections législatives anticipées. Ce qui ne serait constitutionnellement possible qu’après l’été prochain. L’opposition de gauche et d’extrême droite ne manquera pas d’exiger la démission du président de la République.

La relation entre la France et l’Algérie entre dans cette séquence où la réponse graduée va être déployée. Elle pourrait débuter par une imposition générale des visas à tous les porteurs de passeports diplomatiques sans exception. Ce qui du point de vue français peut s’apparenter à une sanction ciblant les dignitaires du régime. Cette réponse graduée pourrait passer par la décision de se saisir des biens mal acquis de la nomenclature dirigeante algérienne en France.

Le régime algérien a déjà ouvert le chapitre des biens immobiliers diplomatiques occupés par la France à Alger. Une décision qui pourrait annoncer une réplique française autrement plus douloureuse pour cette élite dirigeante algérienne habituée à investir l’argent public algérien détourné en France.

Dans sa relation avec la France, la stratégie du régime algérien est de cibler personnellement Bruno Retailleau en espérant qu’Emmanuel Macron puisse le sacrifier sur l’autel d’une possible normalisation avec l’Algérie. Cette vision est basée sur une fausse analyse dont se gargarisent les médias du régime algérien et qui veut que l’origine de cette crise serait l’œuvre exclusive d’une extrême droite nostalgique de l’Algérie française . Or cette crise dépasse largement ce paramètre.

A l’exception d’une niche de l’extrême gauche encore obnubilée par la portée soi-disant «révolutionnaire» qu’on prête à l’Algérie indépendante, l’ensemble de la classe politique française est consciente des racines de ce malaise franco-algérien et de la nécessité absolue de crever l’abcès.

Sur ce point particulier, Emmanuel Macron se trouve en première ligne. Lui qui avait débuté son premier mandat baigné dans un tropisme algérien inédit chez tous les présidents de la cinquième république, qui avait surpris son monde avec une incroyable diplomatie tactile avec le président Abdelmajid Tebboune dont il a porté, contre toute logique politique, à bout de bras le second mandat, se trouve aujourd’hui dans le rôle de celui qui doit trancher.

Entre Paris et Alger, il y a aussi le cas de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, pris en otage par l’Algérie. Sauf miracle diplomatique de dernière minute, le deux pays sont engagés dans un bras de fer politique dont il est difficile de prévoir les conséquences. Quitte à jouer contre son gouvernement, Emmanuel Macron tente d’utiliser tous les moyens à sa disposition pour sortir la très particulière relation entre la France et L’Algérie de l’impasse qu’elle traverse.

En déplacement à Bruxelles, le président français a fait par jeudi de son souhait d' »une issue rapide » et que l’écrivain « puisse retrouver la liberté ». « J’ai confiance dans le président Tebboune et sa clairvoyance pour savoir que tout ça (les accusations contre Sansal) n’est pas sérieux ».

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