Alors que la crise entre Paris et Alger semblait s’assoupir dans le sillage de la visite «anesthésiante» de Laurent Nuñez, la tension a brusquement repris vie, cinglée par une sortie spectaculaire d’Emmanuel Macron. Le président français a qualifié de «mabouls» ceux qui l’enjoignaient de muscler son face-à-face avec le régime algérien pour obtenir une meilleure coopération sur les dossiers migratoires et sécuritaires.
Pour l’heure, les deux pays ont opté pour un gel des tensions. Paris a cessé de brandir ses menaces de dissuasion massive, qu’il s’agisse de l’annulation du célèbre accord migratoire de 1968, si avantageux pour les Algériens, ou de la décision politique de cibler les biens mal acquis des dignitaires du régime. En contrepartie, Alger se montre plus encline à traiter avec moins de rigidité le dossier des OQTF, concernant ces ressortissants parfois dangereux que Paris souhaite expulser. Ce calme relatif s’est également installé après que le régime algérien, via une médiation allemande, a libéré l’écrivain Boualem Sansal, devenu pour un temps le point cardinal de la discorde.
Pourtant, si la relation s’est apaisée sur le front médiatique au point de quitter le haut de l’actualité, la méfiance demeure la règle. La preuve, les ambassadeurs respectifs n’ont toujours pas rejoint leurs postes à Alger et Paris. La relation diplomatique est calme parce qu’elle est, dans les faits, inexistante. Depuis le passage de Laurent Nuñez, aucune figure de proue n’a traversé la Méditerranée. Personne ne semble plus évoquer une visite d’Abdelmadjid Tebboune en France, alors même que Paris vient de déployer le tapis rouge pour une visite d’État remarquée du président mauritanien.
C’est dans ce contexte de stagnation qu’Emmanuel Macron a choisi de remettre une grosse pièce dans la machine à polémique. Profitant d’un débat sur la dépendance des hôpitaux français envers la main-d’œuvre maghrébine, il a traité de «mabouls» ceux qui, au sein de son gouvernement, l’exhortaient à user de la manière forte avec Alger.
Mais cette intervention impromptue a une conséquence politique immédiate. L’un des hommes visés, l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, a réagi vivement, d’abord sur les réseaux sociaux puis par courrier à l’Élysée. Sa stratégie était de dénoncer la posture présidentielle et d’exposer l’angoisse politique qui, selon lui, paralyse l’action gouvernementale.
Comme Bruno Retailleau s’est déclaré candidat à la présidentielle, ce divorce étalé au grand jour va servir de carburant à sa campagne. Les Français devront arbitrer entre les partisans du rapport de force et les tenants de la «thérapie douce» d’Emmanuel Macron.
En somme, le président a rendu un fier service à un Retailleau dont la candidature était passée inaperçue sous le poids de l’actualité internationale. Le voilà replacé au centre du débat avec son propre marqueur: la fermeté absolue face au régime algérien. Si cela ne suffira probablement pas à l’envoyer à l’Élysée, cela le distingue des autres candidats et renforce son attractivité politique.
