La crise migratoire à Sebta se transforme en crise diplomatique intra-européenne
L’afflux de migrants dans la ville occupée de Sebta s’est transformé en crise diplomatique au sein de l’Union européenne, plusieurs pays réclamant l’exclusion de l’Espagne de l’espace Schengen, une option qu’aucun texte européen ne prévoit pourtant.
Une crise qui dépasse le cadre migratoire
L’afflux inédit de migrants vers la ville occupée de Sebta, où 34 personnes ont perdu la vie en tentant la traversée selon la presse espagnole, a déclenché une crise à la fois diplomatique et sécuritaire au sein de l’Union européenne. C’est une proposition choc qui a rapidement trouvé des émules en Europe : l’Italie de Giorgia Meloni a proposé jeudi de fermer l’espace Schengen à l’Espagne, une initiative rapidement soutenue par la Finlande, dont la ministre de l’Intérieur a jugé que « les pays qui ne remplissent pas leur obligation de protéger la frontière extérieure ne peuvent pas être membres de Schengen », puis par le Danemark.
Une option juridiquement impossible
Problème pour les partisans de cette mesure : aucun texte ne prévoit d’exclure un pays membre de la zone de libre circulation de l’Union européenne. « Le système Schengen ne prévoit pas une telle disposition : un État ne peut pas être suspendu ou exclu de l’espace Schengen par d’autres États membres », rappellent des experts du droit européen. L’Italie a d’ailleurs dû se contenter, vendredi soir, de fermer unilatéralement ses points d’entrée maritimes et aériens aux voyageurs en provenance d’Espagne, avec des contrôles « ciblés » ne concernant que les ressortissants non-européens.
Une riposte espagnole ferme
La réaction du gouvernement espagnol a été immédiate. Le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a qualifié les propos de son homologue italien Antonio Tajani de « message inapproprié » de la part d’un « pays partenaire et ami », avant de convoquer l’ambassadeur italien à Madrid. De son côté, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a réaffirmé, par la voix de son porte-parole, la nécessité de respecter « les droits et la dignité » de l’ensemble des migrants arrivant à Sebta.
Une crise qui interroge les équilibres européens
Au-delà de l’affrontement diplomatique entre Rome et Madrid, plusieurs analystes soulignent que cet épisode rappelle la dépendance structurelle de l’Union européenne envers ses pays voisins, comme le Maroc, chargés de réguler les flux migratoires vers son territoire — une position qui leur confère, en retour, une capacité de pression sur d’autres dossiers que la seule migration. Cette coopération, notent-ils, continue néanmoins de fonctionner dans l’ensemble, Frontex ayant fait état d’une baisse de 26% des franchissements irréguliers de frontières en 2025 à l’échelle européenne.
