Du Gospel et du Flamenco en clôture du 25-ème festival des musiques sacrées de Fès

La 25-ème édition du festival des musiques sacrées de Fès s’est clôturée en beauté, samedi soir, avec une soirée mémorable animée par le célébrissime groupe britannique de “Kingdom Choir” avec ses grandes chorales de Gospel et le duo espagnol José Mercé et Tomatit, passionnés du flamenco.

Le public très nombreux présent à la fameuse place de Bab El Makina, a été littéralement conquis par la prestation du "kingdom Choir" qui a su interpréter avec magnificence et grandeur ses chorales, chantées selon une démarche spirituelle basée sur l’amour, la musique et son pouvoir.

Aujourd’hui, le Kingdom Choir se retrouve propulsé au sein d’une "gospel" internationale. Les grandes chorales de gospel expriment toujours l’idée de liberté et de promesse d’un royaume divin et prolongent les racines d’une musique religieuse issue il y’a bien longtemps du triste monde de l’esclavage.

Les "works songs", chants de travail et les shout, véritables déclamations poétiques sur le modèle africain, esquisseront le negro spiritual au XVIIIe siècle. En cachette, la nuit, les Noirs chantaient leur foi chrétienne dans les Hush Harbors, havres de paix où l’on pouvait rêver à un monde meilleur.

Les premiers Negro Spirituals ou chants noirs spirituels de la révélation se référaient aux Écritures Saintes, s’identifiant notamment aux Hébreux libérés par Moise du joug du Pharaon.

Les Negro Spirituals mélangeant traditions africaines et mélodies liturgiques européennes, ont muté vers un répertoire maintenant universel qui verra l’émergence de la soul music. Issu de la tradition populaire américaine, amour sacré et profane s’entremêlent comme le légendaire "Stand By Me" inspiré du gospel "Lord Stand By Me" écrit par le révérend Charles Albert Tindley en 1905.

La chanson de Ben E.King sera la première version "séculière" de ce morceau, reprise magnifiquement par le Kingdom Choir.

Après ce show jovial et spirituel, la soirée s’est poursuivie, sans transition aucune, avec le duo espagnol, José Mercé et Tomatit, qui ont réussi à emmener les mélomanes au cœur de l’épopée du flamenco, cet art andalo-espagnol entretenu et préservé par ses deux artistes légendaires issus des deux plus grandes dynasties gitanes de Jerez et d’Almería.

Indépendamment de leurs carrières fulgurantes, José Mercé et José Fernández Torres -alias "Tomatito"– reviennent à leurs racines et n’ont pas oublié les difficultés ayant égrené leur parcours après l’enthousiasme des premières passions. Tomatito a suivi très tôt les traces de Paco de Lucia -qui donnera son avant-dernier concert dans ce même festival en 2013- comme lui, il accompagnera le grand Camaron.

C’est donc l’un de ses disciples qui revient sur cette scène magistrale de Bab Makina, lui-même devenu, entre temps, une véritable icône du flamenco. Tomatito reconnait: "à l’époque où j’ai vécu, la référence était Paco, pour nous tous et pour ceux qui viennent. En ce qui me concerne, je fais toujours attention à ne pas répéter les mêmes falsetas. J’essaie toujours de faire de nouvelles choses. D’offrir quelque chose de nouveau, surtout en pensant aux jeunes qui peuvent me suivre".

Né dans l’illustre quartier flamenco "Santiago" de Jerez, José Mercé, arrière-petit-fils de Paco de Luz et neveu de Manuel Soto “Sordera”, est le patriarche du flamenco local. Alors qu’il n’était qu’un enfant, il chanta à l’occasion de la manécanterie de la Basilique de la Merced, ce qui lui donnera son nom de scène.

Virtuoses d’une variété indéniable de styles, José Mercé et Tomatito, peuvent voguer de la rumba à un "zambra" dédié à Lola Flores, la grande actrice, chanteuse et danseuse de Jerez de la Frontera, de fandangos de Huelva à une "bulería por soleá" ou une "seguiriya".

Leur collaboration s’est concrétisée par un remarquable album intitulé « De Verdad » (Vraiment !) : "Nous l’avons appelé “Vraiment” parce qu’il est fait de cœur, de sentiment et d’âme. Nous voulons nous rappeler nos origines, depuis notre époque dans les tablaos" (José Mercé)

C’est ainsi que s’exprime parfaitement, à travers ces deux figures incontestables, le miracle du flamenco, dans cette capacité à garder la vivacité d’un « premier cri » tourné vers les étoiles.

Placé sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, le 25-è festival des musiques sacrées (14-22 juin) a été organisé sous le thème ‘’Fès, à la confluence des cultures’’.

Outre son forum annuel consacré au débat autour de "la confluence des cultures", la programmation musicale a rassemblé plus de trente pays. Plusieurs moments forts ont marquée cette édition : Le World Youth Orchestra symbole de paix et de dialogue avec l’ensemble andalou de Fès, Sami Yousuf un des plus grands chanteurs soufis, Marcel Khalifa, Youssou Ndour, l’ensemble Soufie des femmes du Sénégal, les chants et danses rituels des femmes de Cuba, l’art du Muwashah d’Alep et les chants sacrés de Perse, l’ensemble soufie Areej du Sultanat d’Oman et la troupe Bahariyya d’Azerbaïdjan.

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