L’Algérie rouvre son espace aérien au trafic malien après quinze mois de fermeture
L’Algérie a annoncé rouvrir entièrement son espace aérien national à la circulation aérienne malienne à compter du vendredi 10 juillet, mettant fin à quinze mois de fermeture consécutifs à la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne.
L’Algérie a décidé, à compter de ce vendredi 10 juillet 2026, de rouvrir entièrement son espace aérien national à la circulation aérienne malienne, a annoncé le ministère algérien de la Défense nationale (MDN) dans un communiqué. Cette décision « inclut tous les vols aériens à destination et en provenance du Mali à travers les différentes destinations internationales », précise le texte.
Une fermeture décidée après la destruction d’un drone malien
Cette réouverture met fin à quinze mois de fermeture de l’espace aérien algérien au trafic malien. La rupture remontait à la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, lorsque l’armée algérienne avait détecté et détruit un drone armé de reconnaissance malien ayant pénétré, selon Alger, l’espace aérien national sur une distance de deux kilomètres à proximité de la ville frontalière de Tin-Zaouatine. Cet incident constituait, selon l’armée algérienne, la troisième violation de son espace aérien par un drone malien en quelques mois, après deux précédents survenus le 27 août et le 29 décembre 2024. Bamako avait contesté cette version des faits, affirmant que l’appareil avait été abattu au-dessus de son propre territoire.
En réaction à la destruction du drone, le gouvernement algérien avait annoncé la fermeture de son espace aérien à la navigation malienne à compter du 7 avril 2025, invoquant les « violations répétées » de son territoire aérien par l’État malien. Le ministère malien des Transports avait répliqué en fermant à son tour son ciel à tous les aéronefs civils et militaires algériens, accusant Alger de soutenir le terrorisme international.
Une crise qui a dépassé le seul dossier aérien
Au-delà du contentieux aérien, les relations entre les deux pays se sont fortement dégradées depuis cet épisode. Le Mali a notamment quitté, le 2 mai 2026, le Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOG), une structure antiterroriste basée à Tamanrasset et active depuis quinze ans aux côtés de la Mauritanie et du Niger. Bamako a également dénoncé l’Accord d’Alger de 2015, dont l’Algérie était le principal garant, un texte censé encadrer le processus de paix dans le nord du Mali, région où se trouve notamment Kidal, bastion historique des mouvements armés indépendantistes.
Une séquence de gestes d’apaisement côté algérien
La réouverture de l’espace aérien s’inscrit dans une série de trois gestes d’apaisement formulés par Alger en direction de Bamako en l’espace de dix semaines. Fin avril 2026, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, avait réaffirmé le soutien de l’Algérie à l’unité territoriale et institutionnelle du Mali. Le 2 mai, le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait prolongé ce signal lors d’un entretien télévisé, affirmant s’exprimer « avec le cœur » et proposant une médiation algérienne si Bamako en formulait la demande, tout en distinguant le général Assimi Goïta — qu’il dit n’avoir jamais personnellement insulté l’Algérie — de son entourage gouvernemental, jugé responsable de la dégradation des relations bilatérales.
Une réouverture pour l’heure asymétrique
Aucune annonce n’a pour l’heure été formulée par les autorités maliennes pour lever leur propre fermeture aérienne, en vigueur depuis avril 2025 au nom de la réciprocité. Cette asymétrie signifie que le ciel algérien s’ouvre désormais au trafic malien, sans certitude que le ciel malien s’ouvre en retour au trafic algérien. Ce dégel s’inscrit néanmoins dans une dynamique plus large engagée par Alger avec les autres pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) : l’ambassadeur du Niger avait ainsi repris ses fonctions à Alger le 12 février 2026, suivi d’une visite d’État du président nigérien Abdourahmane Tiani les 15 et 16 février, tandis que des accords sur les hydrocarbures et les mines avaient été signés avec le Burkina Faso à la même période. Le Mali demeure, des trois pays de l’AES, celui dont la relation avec Alger reste la plus tendue.

