Casablanca: une clause de copropriété qui en dit long sur le rapport à l’égalité homme-femme

Une phrase suffit parfois à révéler une époque. Dans le règlement intérieur d’une copropriété à Casablanca (Maroc), on peut lire : « Il n’est absolument pas admis que les femmes interviennent dans une quelconque affaire concernant l’immeuble tant que leurs époux sont présents. »

Ce qui pourrait sembler un détail administratif dévoile une contradiction profonde : jusqu’où une société accepte-t-elle que ses pratiques quotidiennes contredisent les principes qu’elle proclame défendre ?

Il ne s’agit pas ici de représentation familiale. Un conjoint peut représenter l’autre, mais l’interdiction de principe fondée sur le sexe est une exclusion pure et simple.

Dans une copropriété, le critère de participation devrait être la qualité de copropriétaire, non le genre.

Le décalage est d’autant plus frappant que le Maroc contemporain a changé. Les femmes y dirigent des entreprises, administrent des patrimoines, siègent dans des assemblées élues et contribuent activement à la vie économique et sociale. Comment justifier qu’une personne reconnue par le droit comme pleinement capable soit écartée de la gestion de son propre cadre de vie ?

Au-delà de son caractère discriminatoire, cette clause interroge la cohérence juridique. Les règlements de copropriété bénéficient d’une liberté d’organisation, mais celle-ci s’arrête aux principes fondamentaux que la société marocaine s’est donnés  et que la Constitution de 2011 a consacrés.

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L’État de droit ne se vit pas seulement dans les grandes institutions. Il se vérifie aussi dans les assemblées de copropriétaires et les espaces du quotidien.

Cette affaire rappelle une vérité essentielle. L’égalité ne se mesure pas uniquement aux lois ou aux discours officiels. Elle se teste dans les lieux les plus ordinaires de la vie collective — copropriété, association, conseil de quartier. C’est souvent là que se révèlent les écarts les plus tenaces entre valeurs proclamées et pratiques réelles.

Cette clause n’est donc pas un simple anachronisme. Elle est un miroir. Elle nous oblige à mesurer la distance qui sépare encore notre projet collectif de sa pleine réalisation.

L’égalité ne se décrète pas : elle s’exerce jusque dans nos immeubles.

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