Andy Burnham, futur Premier ministre britannique, face à une série de défis majeurs
Confirmé à la tête du Labour vendredi, Andy Burnham prendra ses fonctions lundi avec un agenda déjà miné par les dossiers qui ont fait chuter ses prédécesseurs.
Un septième Premier ministre en dix ans
Andy Burnham, qui deviendra lundi le septième Premier ministre britannique en dix ans, sera immédiatement confronté à une série de défis majeurs qui ont déjà coûté leur poste à plusieurs de ses prédécesseurs.
Relancer une économie poussive
La croissance britannique reste poussive et les marges budgétaires minces. Selon le FMI, après une progression de 1,4% en 2025, la croissance devrait ralentir à 1% en 2026. Andy Burnham a fait de la décentralisation l’un des principaux leviers pour stimuler l’économie. Face à des marchés inquiets de la dette, la crédibilité de la politique budgétaire sera essentielle, car elle influence le coût de l’endettement de l’État et, par conséquent, l’argent disponible pour l’investissement et les services publics, explique l’économiste Silvia Pepino, chercheuse associée à la London School of Economics.
Maîtriser une inflation ravivée par la guerre en Iran
Le pouvoir d’achat des Britanniques a été durement entamé ces dernières années par une inflation qui a culminé à des niveaux inédits depuis des décennies avant de ralentir progressivement. La guerre en Iran, en faisant s’envoler les prix du pétrole et du gaz, a ravivé les craintes. Une hausse durable des coûts de l’énergie rendrait les perspectives économiques plus difficiles, souligne Silvia Pepino, qui évoque des solutions à effet différé, comme l’augmentation du nombre de logements et l’amélioration de leur efficacité énergétique.
Un casse-tête sur les dépenses sociales
Un autre défi consistera à s’attaquer à l’augmentation des dépenses sociales. Son prédécesseur, le démissionnaire Keir Starmer, avait déclenché une fronde au sein de l’aile gauche du Parti travailliste en annonçant la réduction des allocations destinées aux personnes handicapées, avant de finalement reculer. Décrit comme un socialiste pro-entreprises, Andy Burnham sera sous pression pour ne pas réduire drastiquement les aides sociales. Il s’est engagé à « réparer » des secteurs sous-financés comme celui de la dépendance.
Contrer la poussée de Reform UK
L’une des priorités sera de barrer la route au parti anti-immigration Reform UK, en tête des sondages pour les prochaines élections législatives prévues en 2029. Début mai, le Labour avait subi une cuisante défaite à des élections locales, au profit de ce parti dirigé par Nigel Farage, ce qui avait intensifié les critiques contre Keir Starmer au sein des travaillistes. Andy Burnham a lui emporté haut la main une législative partielle en juin dans le nord de l’Angleterre, face au candidat de Reform.
Le Parti travailliste perd par ailleurs des électeurs à sa gauche, au profit des Verts. Andy Burnham a promis vendredi d’incarner un parti « authentiquement » travailliste : « Nous n’allons pas essayer d’être plus verts que les Verts, ni d’être encore plus Reform que Reform UK », a-t-il déclaré.
Financer un budget de défense en forte hausse
Après plusieurs mois de retard, Keir Starmer avait dévoilé fin juin un plan d’investissement dans la défense, dans un contexte de montée des menaces. Ce sera à Andy Burnham de le mettre en œuvre. Ce plan prévoit de porter le budget militaire à près de 300 milliards de livres (348 milliards d’euros) durant les quatre prochaines années pour moderniser les forces britanniques. Andy Burnham va probablement aussi faire face à des pressions internes et de la part de ses alliés, notamment des États-Unis, pour augmenter encore les dépenses de défense et atteindre l’objectif de l’Otan consistant à consacrer 3,5% du PIB à la défense d’ici 2035.
« Gérer Donald Trump »
Andy Burnham n’a pas d’expérience dans le domaine des Affaires étrangères. Pour Tony Travers, professeur en politique publique à la LSE, « le principal enjeu sera de gérer Donald Trump ». Les relations bilatérales ont connu des moments difficiles ces derniers mois, le président américain ayant rarement manqué une occasion de critiquer le gouvernement de Keir Starmer.
« Notre relation avec les États-Unis restera essentielle, car ils sont notre allié le plus important en matière de défense et de sécurité », a assuré Andy Burnham dans une tribune publiée dans The Times le 8 juillet. Plusieurs médias ont rapporté qu’Andy Burnham pourrait assouplir les restrictions encadrant les forages pétroliers et gaziers en mer du Nord afin de réduire les factures d’énergie, une mesure à laquelle son prédécesseur s’était opposé et que Donald Trump appelle de ses vœux.
