Le pardon royal aux supporters sénégalais : une clémence qui dit le Maroc

Quatre mois après la finale de la CAN 2025 au Stade Moulay Abdellah de Rabat, un geste royal vient refermer une séquence tendue entre deux pays frères : celui du pardon.

Ce samedi 23 mai, à quelques jours de l’Aïd al-Adha, le Roi Mohammed VI a accordé sa grâce royale aux quinze supporters sénégalais encore détenus après les graves incidents qu’ils ont commis lors de la finale Maroc-Sénégal.

Dans la foulée, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a réagi sur ses réseaux officiels : “Nos compatriotes retenus au Maroc […] sont libres. Ils retrouveront bientôt les leurs, par la Grâce Royale que Sa Majesté le Roi Mohammed VI a bien voulu leur accorder à l’occasion de l’Aïd el-Kébir.” Le chef de l’État a adressé à Mohammed VI “ses remerciements les plus sincères pour cette décision empreinte de clémence et d’humanité”, ajoutant : “Le Sénégal et le Maroc cultivent une fraternité ancienne, que ce geste, une fois encore, vient honorer.”

Ce qui s’est réellement passé

La CAN 2025, organisée par le Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, s’est conclue par une victoire du Sénégal dans des conditions contestables. La fin du match avait basculé dans le chaos : un penalty accordé au Maroc, un but refusé aux Sénégalais, puis des débordements graves de supporters sénégalais en tribunes  avec jets de projectiles, tentatives d’envahissement du terrain, violences contre les forces de l’ordre.

Dix-huit supporters sénégalais, membres du collectif 12e Gaindé, ont été arrêtés, jugés, puis condamnés en février 2026 à des peines allant de trois mois à un an de prison ferme, confirmées en appel. Trois d’entre eux avaient été libérés à la mi-avril après avoir purgé leurs trois mois. Quinze restaient détenus au moment de l’annonce du 23 mai.

Depuis leur condamnation, une mobilisation s’était organisée. Le président Faye avait formellement sollicité la grâce royale début mai. Des manifestations s’étaient tenues à Dakar, des mémorandums avaient été déposés à l’ambassade du Maroc. C’est finalement celle du pardon total qui a été choisie.

Un acte qui dépasse le cadre judiciaire

Le communiqué du Cabinet Royal est sans ambiguïté. La grâce est accordée “pour des considérations humaines”, au nom des “relations fraternelles séculaires qui lient le Royaume du Maroc et la République du Sénégal”, et à l’occasion de l’avènement de l’Aïd al-Adha.

Ce triple ancrage — humain, diplomatique, spirituel — signale que le souverain ne se place pas ici dans le seul registre du droit, mais dans celui de la Commanderie des Croyants. Institution par laquelle le Roi du Maroc exerce une autorité morale qui dépasse les frontières du Royaume. Le pardon n’est pas une concession conjoncturelle face à la pression médiatique. C’est l’affirmation d’une constante marocaine — celle qui gouverne par le sens plutôt que par la contrainte.

Rabat-Dakar : préserver ce qui ne se reconstruit pas

L’épisode de la finale constituait une anomalie dans une relation historiquement dense. Les deux pays partagent une histoire politique convergente, des relations économiques soutenues et un socle culturel et spirituel commun construit sur des générations. En choisissant la grâce, le Roi Mohammed VI a refusé de laisser un incident sportif, aussi médiatisé soit-il, fragiliser ce lien de fond.

La réaction de Diomaye Faye — publique, immédiate, reconnaissante — confirme que le signal a été reçu à sa juste hauteur. “Le Sénégal et le Maroc cultivent une fraternité ancienne” . La phrase du président sénégalais dit, en six mots, ce que des pages d’analyse diplomatique peineraient à formuler.

La puissance authentique ne se mesure pas seulement à la capacité d’organiser des événements d’envergure continentale. Elle se mesure aussi  à celle d’en demeurer le garant moral — d’absorber les heurts de la passion sportive et de les convertir en actes de fraternité.

Le pardon royal du 23 mai 2026 rappelle à l’Afrique que la gouvernance marocaine est indissociable d’une éthique du lien. Le Maroc ne cherche pas seulement à gagner. Il cherche à durer.

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