Hongrie : le président Sulyok dit qu’il signera la réforme mettant fin à son mandat

Sous la pression du Premier ministre Péter Magyar, le chef de l’État hongrois renonce à s’opposer à l’amendement qui écourte son mandat.

Sulyok annonce qu’il signera l’amendement

Le président hongrois Tamás Sulyok, considéré comme proche de l’ancien Premier ministre Viktor Orbán, a fait savoir qu’il signerait la réforme constitutionnelle mettant fin à son mandat, plutôt que de démissionner ou de laisser le Parlement engager une procédure de destitution à son encontre.

Un amendement en 12 points adopté à une large majorité

Le Parlement hongrois avait adopté, le 13 juillet, un amendement constitutionnel en douze points, par 139 voix contre 6, lors d’une séance boycottée par le parti Fidesz de Viktor Orbán. Le texte, présenté par le Premier ministre Péter Magyar comme « l’achèvement de la réforme constitutionnelle du régime d’Orbán », prévoit la fin du mandat de Tamás Sulyok dès le lendemain de son entrée en vigueur, suivie de l’élection d’un nouveau président par le Parlement, pour un mandat de cinq ans.

Cinq jours pour démissionner ou signer

La nouvelle réglementation laissait au président cinq jours pour choisir entre démissionner dans le délai imparti ou signer les amendements constitutionnels. Bien que son rôle soit essentiellement honorifique, le président hongrois dispose du pouvoir d’opposer son veto aux lois ordinaires ou de saisir la Cour constitutionnelle, mais ne peut bloquer des amendements constitutionnels déjà adoptés par le Parlement.

« Une procédure qui viole les principes d’État de droit »

Avant le vote, Tamás Sulyok, 70 ans, avait dénoncé une procédure qui « viole les principes d’État de droit, de démocratie et de séparation des pouvoirs ». Il avait également sollicité l’appui de la Commission de Venise du Conseil de l’Europe pour examiner la conformité du texte au droit constitutionnel et aux normes démocratiques.

Un scrutin d’avril 2026 qui a mis fin à 16 ans de pouvoir Fidesz

Cet épisode s’inscrit dans le mouvement de « désorbanisation » engagé par Péter Magyar depuis sa victoire électorale d’avril 2026, qui a mis un terme à seize années consécutives de pouvoir du parti Fidesz de Viktor Orbán. Le parti Tisza, dirigé par Péter Magyar, ancien cadre du Fidesz devenu son principal opposant, avait remporté une majorité des deux tiers des 199 sièges du Parlement, un seuil qui lui permet de modifier la Constitution sans le soutien de l’opposition.

Orbán appelle à « résister » depuis les États-Unis

Depuis les États-Unis, où il s’était rendu pour assister à la phase finale de la Coupe du monde 2026, Viktor Orbán avait appelé les Hongrois « à résister si le président est évincé de force ». Le Fidesz, désormais dans l’opposition, avait qualifié la réforme de tentative d’instaurer « un régime autocratique », un reproche qui lui avait souvent été adressé par le passé durant ses seize années au pouvoir.

Des critiques aussi venues des organisations de défense des droits humains

Amnesty International a estimé que Tamás Sulyok avait « droit à une procédure régulière », tandis que Human Rights Watch a jugé que ce type de modification constitutionnelle « rappelle l’ère Fidesz ». La mesure est présentée par le gouvernement Magyar comme transitoire, dans l’attente de l’adoption d’une nouvelle Constitution à l’issue d’une consultation publique prévue dans un délai d’un an, période durant laquelle un nouveau président devra également être élu.

Une présidence de deux ans marquée par plusieurs scandales

Tamás Sulyok, ancien président de la Cour constitutionnelle, avait accédé à la présidence en mars 2024, après la démission de sa prédécesseure Katalin Novák, elle-même poussée à quitter ses fonctions à la suite d’un scandale de grâce présidentielle accordée à un homme condamné pour avoir couvert des abus sexuels sur mineurs. Sa présidence, jusqu’ici perçue comme largement cérémonielle, aura duré un peu plus de deux ans.

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