Le président birman Min Aung Hlaing effectuera sa première visite officielle en Thaïlande
Le président birman Min Aung Hlaing effectuera en août sa première visite officielle en Thaïlande.
Une première visite en Thaïlande depuis l’accession à la présidence
L’ancien chef de la junte birmane Min Aung Hlaing effectuera le mois prochain sa première visite officielle en Thaïlande depuis son accession à la présidence civile, a indiqué mercredi le ministre thaïlandais des Affaires étrangères.
« Il est préférable de réintégrer la Birmanie. Nous pensons, après cinq ans, qu’il est temps de parler, d’écouter, et que eux doivent expliquer », a déclaré Sihasak Phuangketkeow lors d’une conférence de presse à Bangkok.
Le ministre a confirmé que Min Aung Hlaing viendrait en Thaïlande en août, son premier déplacement dans le pays voisin depuis qu’il est devenu président en avril, après s’être déjà rendu en Inde, en Chine et au Laos au cours des dernières semaines.
Cinq ans à la tête de la junte
Le général « MAH » a plongé la Birmanie dans une guerre civile après avoir renversé par un coup d’État, en février 2021, le gouvernement élu de la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi. Il a gouverné le pays pendant cinq ans en tant que chef de la junte, avant d’organiser des élections très restreintes, dénoncées à l’étranger comme une manœuvre pour prolonger le régime militaire sous une apparence de pouvoir civil. Des analystes estiment que le nouveau gouvernement, composé en majorité d’anciens militaires, recourt à des réformes cosmétiques pour améliorer son image et relancer les relations diplomatiques et commerciales du pays.
Une première rencontre avec l’Asean depuis le coup d’État
L’annonce de la visite de Min Aung Hlaing en Thaïlande intervient après la tenue à Bangkok le week-end dernier d’une réunion informelle entre le ministre birman des Affaires étrangères et ses homologues de l’Asean. Il s’agissait de la première rencontre de ce type depuis le coup d’État de 2021, après lequel l’organisation régionale avait largement marginalisé la Birmanie. Les autres membres de l’Asean ont demandé à cette occasion des progrès « concrets » sur un plan de paix dans le pays, en proie à une guerre civile.
Aung San Suu Kyi toujours invisible
La détention prolongée d’Aung San Suu Kyi est une autre source de préoccupation. La dirigeante déchue de 81 ans a été officiellement transférée de prison à une résidence surveillée fin avril, mais elle n’a pas été vue ni entendue depuis. « On nous a dit qu’elle était bien prise en charge, mais cela doit être prouvé », a dit mercredi le ministre thaïlandais Sihasak Phuangketkeow, alors que l’Asean insiste pour que son envoyé spécial puisse la rencontrer.
Un consensus qui s’effrite au sein de l’Asean
La Thaïlande mène les efforts pour amorcer une normalisation des relations diplomatiques avec la Birmanie, aussi bien sur un plan bilatéral qu’au sein de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean), qui compte 11 membres. Selon des analystes, le consensus au sein du bloc s’effrite désormais entre ceux qui sont prêts à s’appuyer sur de petites concessions de la part de la Birmanie et ceux qui souhaitent des avancées plus substantielles avant de rétablir les relations.
Des spéculations circulent selon lesquelles le ministre des Affaires étrangères du Myanmar, Tin Maung Swe, pourrait bientôt participer à une réunion formelle de l’Asean. Une source diplomatique a toutefois indiqué mercredi que le ministre ne participerait pas aux discussions prévues la semaine prochaine à Manille.
« La question n’est pas de savoir si, mais quand »
Pour l’expert de l’Asie du Sud-Est à l’International Institute for Strategic Studies, Morgan Michaels, la normalisation est en marche. Il s’attend à ce que le ministre des Affaires étrangères et le dirigeant de la Birmanie soient à nouveau invités à rejoindre le bloc sur le plan politique. « La question n’est pas de savoir si cela va se produire, mais quand », a-t-il estimé.
En tant que pays voisin, la Thaïlande subit les répercussions de la guerre civile en Birmanie, notamment des combats qui franchissent parfois sa frontière et l’accueil de millions de réfugiés originaires de Birmanie. « La plupart des observateurs reconnaissent que la Thaïlande a une position légitime dans la mesure où elle souhaite une désescalade et une stabilisation de la Birmanie », a poursuivi M. Michaels. Pour Sihasak Phuangketkeow toutefois, « il faut être réaliste, cela ne se fera pas du jour au lendemain ».
