Un colloque international à Tokyo analyse les liens croissants entre terrorisme, séparatisme et criminalité organisée

Réunis vendredi à Tokyo lors de la première Conférence internationale sur le séparatisme, l’extrémisme et la sécurité régionale, des chercheurs internationaux ont appelé à renouveler les approches d’analyse du séparatisme, désormais indissociable du terrorisme, de la criminalité organisée et des campagnes de désinformation.

Des universitaires, chercheurs et experts internationaux ont appelé, vendredi à Tokyo, à renouveler les approches d’analyse du séparatisme, estimant que ce phénomène ne peut plus être appréhendé indépendamment du terrorisme, de la criminalité organisée, des campagnes de désinformation et des nouvelles formes de manipulation cognitive.

Une première conférence internationale organisée par l’ICSOS

Organisée en format hybride par le Centre international d’étude du séparatisme (ICSOS), cette première Conférence internationale sur le séparatisme, l’extrémisme et la sécurité régionale a réuni des spécialistes venus d’Afrique, d’Asie, d’Europe, du Moyen-Orient et des Amériques, autour du thème « Séparatisme, extrémisme et sécurité régionale : regards croisés entre l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie et l’Europe ».

Les travaux, présidés dans leur première séance par la professeure Kei Nakagawa, présidente de l’Université Hagoromo d’études internationales, ont été ouverts par le président de l’ICSOS, Shoji Matsumoto. Ce dernier a souligné que le séparatisme et le terrorisme constituent aujourd’hui deux des défis majeurs auxquels est confrontée la communauté internationale, plaidant pour une approche multidisciplinaire intégrant les dimensions juridiques, politiques, économiques, sociales et psychologiques.

Des interventions couvrant plusieurs foyers régionaux

Les différentes interventions ont mis en lumière les mutations des mouvements séparatistes dans plusieurs régions du monde, leurs interactions avec les organisations terroristes et les réseaux criminels, ainsi que le rôle croissant des campagnes de désinformation, des réseaux sociaux et des nouvelles technologies dans les processus de radicalisation et de déstabilisation des États.

Le professeur Mohd Mizan Aslam, de l’Université nationale de défense de Malaisie, a analysé les liens croissants entre séparatisme, terrorisme et criminalité organisée en Asie du Sud-Est, tandis que le professeur Sapto Priyanto, de l’Université d’Indonésie, a montré comment la menace terroriste évolue aujourd’hui vers des réseaux décentralisés largement structurés autour des espaces numériques.

Le professeur John Edward Phillips a retracé l’évolution de Boko Haram, soulignant que cette organisation est progressivement devenue une menace régionale remettant en cause les fondements de l’État postcolonial dans le bassin du lac Tchad. Le professeur Elwasila Saeed Elamin Mohamed a analysé les conséquences de la crise soudanaise et mis en garde contre les risques de nouvelles dynamiques séparatistes dans le contexte de la guerre en cours au Soudan. Le directeur du Centre libyen de lutte contre le terrorisme, le général-major Mohamed Bashir Saleh, a pour sa part insisté sur les facteurs communs qui favorisent simultanément le terrorisme et les mouvements séparatistes, notamment la fragilité des institutions, les inégalités territoriales et les difficultés socio-économiques.

Le professeur Abdoul Sogodogo, de l’Université des sciences juridiques et politiques de Bamako, au Mali, a mis en évidence le rapprochement croissant entre groupes séparatistes et organisations jihadistes dans le Sahel, ainsi que le rôle central des réseaux sociaux dans les stratégies contemporaines de propagande et de recrutement.

La contribution du chercheur marocain El Mostafa Rezrazi

El Mostafa Rezrazi, professeur à l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), Senior Fellow au Policy Center for the New South et président de l’Observatoire marocain sur l’extrémisme et la violence (OMEV), a présenté une nouvelle approche scientifique du séparatisme fondée sur les sciences cognitives.

S’appuyant sur une étude interdisciplinaire menée auprès d’anciens séquestrés dans les camps de Tindouf ayant regagné la Mère-Patrie, il a introduit le concept de « cartes mentales déformées du territoire ». Il a également présenté le concept de « géo-ingénierie cognitive », à travers lequel certains acteurs cherchent à influencer les représentations collectives afin de légitimer des « projets séparatistes ».

Le chercheur marocain a en outre relevé que son analyse des contenus éducatifs et des mécanismes de socialisation observés dans les camps de Tindouf met en évidence plusieurs procédés comparables à ceux utilisés dans les stratégies d’endoctrinement d’organisations terroristes, notamment l’exploitation des discours de haine, de victimisation et de rupture identitaire. Il a plaidé pour une approche globale de prévention du séparatisme intégrant les dimensions psychologiques, cognitives, éducatives et informationnelles, en complément des réponses diplomatiques et sécuritaires.

Le lancement officiel de l’ICSOS salué par les participants

À l’issue des travaux, les participants ont souligné que les nouvelles convergences entre séparatisme, terrorisme, criminalité organisée et guerre informationnelle imposent le développement d’approches interdisciplinaires et le renforcement de la coopération internationale. Ils ont salué le lancement officiel de l’ICSOS comme première plateforme internationale consacrée à l’étude comparative du séparatisme, avec l’ambition de promouvoir la recherche scientifique, le dialogue international et la formulation de recommandations destinées à renforcer la paix, la stabilité et la sécurité régionale.

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