L’Égypte approfondit discrètement ses liens économiques avec Israël malgré le gel diplomatique

L’Égypte approfondit discrètement ses liens économiques avec Israël malgré le gel diplomatique officiel, tout en continuant de refuser d’accréditer l’ambassadeur israélien désigné, Uri Rothman, en raison du dossier de Gaza.

L’Égypte approfondit discrètement ses liens économiques avec Israël malgré le gel diplomatique officiel. Le Caire accueille favorablement des délégations économiques israéliennes et un élargissement des échanges commerciaux, tout en cherchant à associer les États-Unis à ce volet commercial. La coopération énergétique entre les deux pays reste extensive.

Un blocage diplomatique qui perdure autour de Gaza

Le blocage diplomatique persiste sur le dossier de Gaza. Le Caire continue de refuser d’accréditer l’ambassadeur israélien désigné, Uri Rothman. Ce dossier, ouvert depuis plus d’un an, illustre la dégradation des relations bilatérales au niveau symbolique et protocolaire. Uri Rothman, diplomate chevronné et ancien responsable du bureau Moyen-Orient du ministère israélien des Affaires étrangères, a été désigné pour succéder à Amira Oron, dont le mandat s’est achevé en septembre 2024. Aucune date n’a depuis été fixée pour son entrée en fonction au Caire. Du côté égyptien, aucun ambassadeur n’a non plus été nommé à Tel-Aviv depuis le départ de Khaled Azmy à l’automne 2024 ; les deux ambassades fonctionnent en deçà du niveau ambassadorial.

Des responsables égyptiens attribuent ce blocage à l’intensification des opérations militaires israéliennes à Gaza, ainsi qu’au rôle diplomatique amoindri du Caire dans la médiation du conflit, le Qatar s’étant imposé comme médiateur principal ces derniers mois. La question de la nomination d’un ambassadeur au Caire reste par ailleurs particulièrement sensible au sein du ministère égyptien des Affaires étrangères : tout candidat doit recevoir l’aval conjoint de la présidence égyptienne et des services de renseignement.

Une coopération énergétique en plein essor

Malgré ce gel diplomatique, la coopération énergétique entre les deux pays s’est nettement renforcée ces derniers mois. L’Égypte s’apprête à finaliser un important accord gazier conclu avec Israël, initialé en août dernier, après plusieurs années de retard dans sa mise en œuvre. Ce texte dépasse le strict cadre commercial et reflète une transformation stratégique plus large des rapports entre les deux pays dans le secteur énergétique. L’Égypte cherche à sécuriser des importations de gaz naturel israélien pour répondre à ses besoins énergétiques croissants et renforcer ses recettes en devises.

Une relation historiquement marquée par une « paix froide »

La relation entre l’Égypte et Israël, scellée par le traité de paix de 1979 sous l’égide des accords de Camp David, est longtemps restée qualifiée de « paix froide », combinant une coopération sécuritaire et économique étroite avec une distance diplomatique et une opinion publique égyptienne majoritairement hostile à la normalisation. Sous la présidence d’Abdel Fattah al-Sissi, la coopération stratégique entre les deux pays, notamment en matière de lutte antiterroriste dans le Sinaï, a atteint un niveau inédit, tout en maintenant les canaux diplomatiques formels à un rang subalterne.

Une volonté d’associer Washington au dossier commercial

Le Caire cherche désormais à impliquer les États-Unis dans le volet commercial de sa relation avec Israël. Cette démarche s’inscrit dans la dynamique plus large des efforts américains de stabilisation régionale, Washington restant l’interlocuteur privilégié de l’Égypte sur les grands dossiers diplomatiques du Moyen-Orient, dont le cessez-le-feu à Gaza.

Un équilibre délicat entre pragmatisme économique et prudence politique

Cette configuration traduit un équilibre délicat pour les autorités égyptiennes, tiraillées entre l’intérêt économique tangible d’une coopération renforcée avec Israël et la nécessité de ménager une opinion publique nationale largement acquise à la cause palestinienne, dans un contexte où la guerre à Gaza continue de peser lourdement sur les relations bilatérales au niveau officiel.

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