La Tunisie convoque l’ambassadrice de France après la diffusion d’une interview de Moncef Marzouki sur un média public
Les autorités tunisiennes ont convoqué l’ambassadrice de France à Tunis pour protester contre la diffusion d’un entretien de l’ex-président Moncef Marzouki sur la chaîne publique France 24.
Une convocation diplomatique sous haute tension
Sur instruction du président Kaïs Saïed, le ministère tunisien des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadrice de France en Tunisie. Dans un communiqué, les autorités tunisiennes ont fait part de leur « vive protestation » à la suite de la diffusion sur la chaîne publique France 24 d’un entretien avec l’ancien président Moncef Marzouki, qualifié de « personne recherchée par la justice tunisienne ».
Tunis accuse le média audiovisuel français de porter atteinte à la souveraineté nationale, de cibler la sécurité de l’État et de relayer des « contenus incitant à la haine », estimant que le statut public de la chaîne engage la responsabilité morale de l’État français.
La réaction incisive de Moncef Marzouki
Interrogé sur cette vive réaction du pouvoir tunisien, l’ancien président de la République (2011-2014) Moncef Marzouki a qualifié cette initiative de « mauvais théâtre dont personne n’est dupe ». Condamné par contumace en Tunisie et résidant en France, l’ex-chef d’État a estimé que le régime de Kaïs Saïed traverse une passe extrêmement difficile, marquée par des coupures d’eau et d’électricité qui accentuent le mécontentement social.
Selon lui, la situation socio-économique actuelle rappelle les prémices des événements de 2010, incitant le pouvoir à désigner des boucs émissaires extérieurs ou opposants pour masquer ses difficultés internes.
Un alignement stratégique et diplomatique sur Alger
Cette manœuvre diplomatique illustre un rapprochement marqué entre la politique étrangère tunisienne et celle de l’Algérie. Tunis impute à Paris la responsabilité éditoriale des médias publics français, une posture régulièrement adoptée par le voisin algérien à l’égard de la presse hexagonale.
Au-delà du traitement médiatique, la Tunisie de Kaïs Saïed s’est progressivement alignée sur la diplomatie algérienne en rompt avec sa neutralité traditionnelle sur plusieurs dossiers régionaux. Cette proximité s’inscrit également dans un contexte de forte dépendance énergétique, la Tunisie s’approvisionnant en grande partie auprès de l’Algérie pour sa consommation en gaz et en électricité.
