Tebboune, qui accusait les Émirats de faire « couler le sang », acte la rupture diplomatique

Le ministère algérien des Affaires étrangères a annoncé jeudi la rupture des relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, évoquant des « agissements provocateurs » après des années d’accusations d’ingérence régionale, et a accordé un délai de 48 heures à l’ambassadeur émirati.

L’annonce de la rupture et l’ultimatum de 48 heures

L’Algérie a annoncé, jeudi 10 septembre, la rupture de ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, en évoquant des « agissements provocateurs ». Le gouvernement algérien a affirmé avoir pris cette décision après « avoir épuisé toutes les voies permettant de préserver les relations bilatérales », selon le ministère des Affaires étrangères. Le communiqué ne précise pas les raisons ayant conduit Alger à annoncer cette mesure précisément ce jeudi. Le ministère a indiqué avoir reçu l’ambassadeur des Émirats arabes unis afin de lui notifier la décision, lui signifiant qu’un « délai de 48 heures » lui avait été accordé pour s’y conformer. Les Émirats arabes unis n’avaient pas réagi dans l’immédiat.

Des accusations d’ingérence régionale de longue date

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune accuse de longue date les Émirats arabes unis de mener une action déstabilisatrice dans plusieurs pays de la région, citant notamment le Mali, la Libye et le Soudan. Lors d’une interview télévisée, il avait affirmé : « Là où ils mettent le pied, le sang coule », qualifiant les Émirats d’« État minuscule » à l’« impact très négatif », et ajoutant que l’Algérie souhaitait que cet État « s’éloigne, pour que le sang ne coule pas » chez elle. Il avait précisé qu’une rupture diplomatique serait intervenue depuis longtemps sans la volonté d’Alger de ne pas aggraver les divisions entre pays arabes.

« Injustifiable »

Dans son communiqué, le ministère algérien des Affaires étrangères a évoqué, sans autres détails, une « multiplication des agissements provocateurs ou hostiles » de la part des Émirats arabes unis. Il a assuré avoir tenté de les mettre en garde contre les conséquences d’un comportement jugé « regrettable et injustifiable », affirmant que les Émirats avaient persisté dans des agissements ayant « atteint les limites de ce qui est admissible » entre deux États souverains.

L’affaire Belghit, un épisode marquant

Plusieurs épisodes sont venus alimenter les tensions ces dernières années. En 2025, la télévision publique algérienne avait dénoncé une campagne médiatique hostile après la diffusion, sur la chaîne émiratie Sky News Arabia, d’une interview de l’historien algérien Mohamed Amine Belghit, dont les déclarations sur l’identité amazighe avaient provoqué une vive polémique en Algérie et conduit à sa condamnation par la justice algérienne, avant sa grâce présidentielle en décembre 2025.

Une divergence plus large sur la normalisation avec Israël

La dégradation des relations entre les deux pays s’inscrit également dans un contexte de divergences diplomatiques plus larges, l’Algérie s’opposant à la normalisation des relations avec Israël engagée par plusieurs pays arabes, dont les Émirats arabes unis, dans le cadre des Accords d’Abraham.

Une nouvelle rupture dans une série de tensions diplomatiques

Cette rupture s’ajoute à une série de crises diplomatiques majeures pour l’Algérie depuis 2021 : rupture des relations avec le Maroc en août 2021, suspension du traité d’amitié avec l’Espagne en mars 2022 après le soutien de Madrid au plan d’autonomie marocain pour le Sahara, rupture avec le Niger après le coup d’État de 2023, et rappel réciproque d’ambassadeurs avec le Mali en 2025 après qu’un drone de l’armée malienne eut été abattu par l’armée algérienne.

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