Dans le cadre historique du Chellah à Rabat, la voix mélodieuse de l’artiste sénégalaise Senny Camara a chanté la paix, l’amour et le vivre-ensemble, à l’occasion de la 21ème édition du Festival Mawazine-Rythmes du monde.
Jouant avec dextérité de la kora, un instrument de musique à 21 cordes associé à la culture mandingue, l’artiste a transporté le public une heure durant dans un monde féérique où les différences linguistiques se sont estompées pour céder la place à un langage universel de la musique, du partage et de l’émotion.
La chanteuse, pour qui la kora est une « thérapie », a chanté en mandingue et en wolof sur une scène baignée d’un soleil chaleureux qu’elle a accueilli comme un « cadeau ».
Elle a partagé avec un public curieux et admiratif un répertoire traditionnel puisé dans le Ndeup, ces chants de guérison appris de sa grand-mère, qu’elle interprète pour panser les blessures d’âmes affaiblies par les conflits qui marquent le monde d’aujourd’hui.
On pouvait observer les pouces et les index de Senny Camara apprivoiser avec grâce les cordes de cet instrument traditionnellement réservé aux hommes (les griots) et transmis de père en fils. Elle a ainsi réussi à faire naître les sonorités fluides et cristallines de cette caisse à résonance.
Dans une déclaration à la presse, elle avait confié préférer travailler sur les gammes mineures et mélanger la kora à la harpe celtique, rappelant être inspirée dès la sortie du collège par le duo Mahawa Kouyaté et Soundioulou Cissokho, qu’elle écoutait alors sur son transistor.
Vêtue d’un ensemble monochrome, arborant deux bracelets dorés traditionnels au poignet gauche et un collier au pendentif en bois, évocation des « vertus fantastiques » de la forêt du village de Tataguine (à 130 km de Dakar) où elle a grandi, l’artiste a gardé un sourire bienveillant et un regard rêveur tout au long du spectacle.
Senny Camara, l’une des rares femmes à jouer de la kora, apprise au sein d’une communauté où le chant est un vecteur de guérison, a ainsi fait vibrer le public au rythme de ses titres afro-jazz et folk-pop.
« Bonsoir Rabat, bonsoir Chellah, bonsoir Mawazine ! », a-t-elle lancé après son premier morceau, témoignant d’une complicité spontanée et évidente avec ses musiciens, avant d’entonner « Bolo », un titre qui signifie « unité » et « vivre-ensemble ».
Elle a ensuite dédié son troisième morceau, « Dialé », un mot wolof signifiant « toutes nos condoléances », aux jeunes qui choisissent la migration clandestine et connaissent une fin tragique en mer. L’artiste a confié qu’il s’agissait d’une blessure personnelle, qu’elle a souhaité partager pour sensibiliser le public à ce fléau.
Le public a été profondément touché par le titre « NIIT », qui signifie tout simplement « l’humain ». « On dit que l’homme est le remède de l’homme, mais l’homme peut aussi être la prison de l’homme », rappelle le texte de la chanson, qui interroge : « Pouvez-vous m’indiquer le chemin où habite la paix ? ».
Accompagnée aussi sur scène par Ibrahim aux calebasses et par Mehdi, qui a troqué son saxophone des premiers morceaux contre une flûte pour les chants traditionnels, Senny Camara a interprété « Yéné Nala », le titre éponyme de son nouvel album.
En wolof, cette expression signifie « souhaiter », tandis que « yéné nala souba » se traduit par « je vous souhaite le meilleur pour les jours à venir ».
Sur ce rythme entraînant, le public s’est levé pour danser et fredonner ces paroles. Dans un geste empreint de tendresse, la chanteuse a invité une petite fille à la rejoindre sur scène, lui tendant le micro pour qu’elle répète le refrain.
Elle a clôturé ce spectacle en beauté par un morceau joyeux, vibrant d’une danse énergique, sous les applaudissements nourris d’un public conquis.
Placé sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Festival Mawazine – Rythmes du Monde continue de s’imposer comme un événement artistique mondial réunissant de grandes stars internationales et arabes, tout en mettant à l’honneur des talents marocains, incarnant ainsi les valeurs d’ouverture et d’échanges culturels à travers la musique.

