Yémen : les Houthis ripostent après l’attaque de l’aéroport de Sanaa
Les rebelles houthis ont mené lundi des frappes de missiles et de drones contre l’aéroport saoudien d’Abha, en représailles à l’attaque de l’aéroport de Sanaa rapportée plus tôt dans la journée. Cet épisode, le plus grave entre les deux camps depuis des années, menace la trêve négociée par l’ONU en 2022 et fait craindre un embrasement régional.
Une riposte contre l’aéroport d’Abha
Atlasinfo avait rapporté plus tôt lundi l’attaque menée contre l’aéroport de Sanaa pour empêcher l’atterrissage d’un avion iranien transportant une délégation houthie. Les rebelles yéménites houthis ont répliqué le jour même en menant des frappes en direction de l’Arabie saoudite, qu’ils accusent d’être à l’origine de cette attaque, ravivant le conflit au Yémen après des années de répit.
Le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, a accusé Ryad d’avoir mené l’attaque contre Sanaa et affirmé dans une vidéo que son groupe avait tiré en représailles des missiles et des drones contre l’aéroport international d’Abha, dans le sud du royaume saoudien. Il a par ailleurs mis en garde « toutes les compagnies aériennes contre tout survol de l’espace aérien du royaume d’Arabie saoudite ». La coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite et soutenant le gouvernement yéménite a déclaré avoir intercepté les missiles balistiques.
Un doute sur l’origine de la frappe initiale
Le gouvernement yéménite, soutenu par Ryad, avait revendiqué les tirs contre l’aéroport de Sanaa, mais les Houthis en avaient imputé la responsabilité au voisin saoudien. Pour Andreas Krieg, expert en sécurité au King’s College de Londres, étant donné que les avions de combat yéménites datent des années 1980 et sont en mauvais état, il est plus probable que les Saoudiens soient derrière l’attaque de l’aéroport de Sanaa.
L’allié iranien a dénoncé l’attaque : l’agence officielle Irna rapporte que Téhéran y voit une atteinte à l’intégrité territoriale du Yémen. Les médias houthis indiquent que l’avion visé a finalement atterri dans la ville côtière de Hodeïda, contrôlée par les rebelles.
Un incident autour de l’équipage du CICR
Plus tôt dans la journée, le gouvernement avait accusé les rebelles d’avoir empêché un avion du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de quitter le site et de retenir le pilote et le copilote. « Tout le personnel du CICR et l’équipage de l’avion sont sains et saufs », a précisé le porte-parole pour le Moyen-Orient du CICR, Hachem Osseiran.
Une trêve de 2022 sous forte pression
L’attaque de l’aéroport de Sanaa constitue l’épisode le plus grave entre les deux camps depuis des années et menace la trêve négociée par l’ONU en 2022. Elle intervient dans un contexte de fortes tensions régionales, après la reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran.
Le ministère houthi des Affaires étrangères a affirmé que cette attaque marquait « la fin de la phase de désescalade et du cessez-le-feu et le début de la guerre ». Le président du Conseil présidentiel yéménite, Rashad al-Alimi, a toutefois dit avoir demandé à son camp de ne pas étendre la confrontation.
L’ONU appelle à la désescalade
L’envoyé spécial des Nations unies pour le Yémen, Hans Grundberg, s’est dit « extrêmement préoccupé » et a appelé à une « désescalade ». « Les prochains jours montreront si les deux camps sont prêts à renouer avec une confrontation militaire durable », a estimé Mohammed al-Basha, du cabinet de conseil en gestion des risques Basha Report.
Un pays déjà ravagé par plus d’une décennie de guerre
La guerre a fait depuis plus d’une décennie des centaines de milliers de morts et plongé le Yémen dans l’une des pires crises humanitaires au monde, une situation régulièrement documentée par les Nations unies.
