Pluie d’hommages à Giscard, le modernisateur et l’Européen

 La mort de l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing suscite jeudi une pluie d’hommages au modernisateur et à l’Européen convaincu, dont le mandat s’était fracassé sur la crise économique.

“VGE”, qui présida la France le temps d’un seul mandat, de 1974 à 1981, est décédé mercredi soir des suites du Covid-19 après une récente hospitalisation à Tours pour insuffisance cardiaque, entouré des siens dans sa propriété d’Authon dans le Loir-et-Cher, à l’âge de 94 ans.

Son lointain successeur Emmanuel Macron lui rendra hommage dans une allocution télévisée jeudi soir à 20H00. Dans la nuit, il a déjà salué la mémoire d’un chef d’Etat dont “le septennat transforma la France”.

Conformément aux voeux du défunt président, ses obsèques se dérouleront “dans la plus stricte intimité familiale”, selon sa famille. Mais une messe à Paris pourrait être organisée en sa mémoire.

L’Allemagne “perd un ami” et “un grand Européen”, a réagi la chancelière Angela Merkel, dont le chef de la diplomatie a rappelé l'”influence décisive” de Giscard sur les relations franco-allemandes, grâce à son amitié avec l’ancien chancelier Helmut Schmidt.

Son homologue britannique Boris Johnson a rendu hommage à un “grand modernisateur de la France”.

Le Premier ministre Jean Castex a salué “un homme de progrès” et de “liberté”, dont “les réformes de société restent d’une profonde actualité”, et qui fit “progresser de façon significative la construction européenne et le rayonnement international de la France”.

Hospitalisé à plusieurs reprises ces derniers mois, l’une des dernières apparitions publiques de “VGE” remonte au 30 septembre 2019, lors des obsèques à Paris de Jacques Chirac, qui fut à la fois son Premier ministre et son successeur indirect à la tête de l’Etat.

Figure de la vie politique française, incarnation du centre droit et tombeur du gaullisme, M. Giscard d’Estaing a été élu à l’Elysée en mai 1974 à l’âge de 48 ans, alors le plus jeune président depuis Louis Napoléon-Bonaparte.

Pur produit de l’élite française

Né à Coblence (Allemagne) en 1926, Valéry Giscard d’Estaing, pur produit de l’élite française, diplômé de Polytechnique et de l’ENA, s’est imposé dans le paysage politique dès les débuts de la Ve République en occupant différents postes ministériels à partir de 1959.

C’est pourtant en opposition au gaullisme qu’il parvient à conquérir l’Elysée en 1974, en s’imposant d’abord à droite face à Jacques Chaban-Delmas, héritier revendiqué du général de Gaulle, puis en battant sur le fil le candidat socialiste François Mitterrand.

Celui qui ambitionne de réunir “deux Français sur trois” derrière sa politique multiplie les réformes sociétales: abaissement de la majorité à 18 ans, légalisation de l’IVG ou création d’un secrétariat d’Etat à la Condition féminine.

Giscard impose également un style nouveau, qui entend alléger la pompe présidentielle, au risque de nourrir les procès en démagogie lorsqu’il s’invite à dîner chez les Français ou joue de l’accordéon.

Un Européen convaincu

Mais c’est surtout la deuxième moitié de son septennat, plombée par la crise née des chocs pétroliers, et marquée par le soupçon des affaires – celle des “diamants de Bokassa” – qui donne du souffle à ses contempteurs.

Le 10 mai 1981, il échoue finalement à se faire réélire face à François Mitterrand.

Après son célèbre “au revoir” et la chaise laissée vide lors d’une ultime allocution télévisée, VGE traverse une profonde dépression, avec “la frustration de l’oeuvre inachevée”, comme il l’écrit en 2006 dans “Le pouvoir et la vie”.

Il redevient malgré tout l’un des leaders de la droite en dirigeant à nouveau l’UDF.

Mais, certain de la réélection de François Mitterrand, il ne concourt pas à la présidentielle de 1988. Sept ans plus tard, crédité de 2% des voix, il renonce à nouveau. Peu de temps avant sa mort, il se disait pourtant persuadé que, s’il s’était présenté, il aurait gagné contre Balladur et Chirac.

Alors que le giscardisme disparait peu à peu du paysage politique, l’ancien président, européen convaincu, poursuit un ultime but: devenir président de l’Europe. En 2001, il prend la tête de la Convention pour l’Europe, chargée de rédiger une constitution européenne, qui sera rejetée par référendum.

Les dirigeants des institutions européennes ont salué un “grand Européen” à qui la construction de l’UE “doit beaucoup”.

L’ex-chef de l’Etat était toutefois parvenu à devenir “immortel”: en 2003, il s’était faire élire à l’Académie française.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. J'accepte Lire la suite