Fourches caudines Après une rentrée politique catastrophique pour l’extrême droite où le premier débat télévisé de la présidentielle avait montré les grandes failles économiques du programme du Rassemblement National, Marine Le Pen s’est livrée à une grande diversion en proposant d’imposer une contravention à toutes les personnes qui portent un voile dans l’espace public.
Résultat. Au lieu de continuer à disséquer ce programme économique et à montrer à quel point non seulement il est irréalisable en termes d’économies annoncées, facteur qui aurait pu dissuader beaucoup de Français de voter RN, le débat des politiques dans leur ensemble s’est concentré sur le voile et la possibilité de l’interdire dans l’espace public.
Deux tendances se sont distingués dans ce débat qui nourrit encore les polémiques. La première, surtout située à gauche, s’en est emparée pour tenter de convaincre les Francais que, contrairement aux tentatives du RN de se dé-diaboliser et de faire oublier son passé raciste et xénophobie, cette brusque lubie sur le voile et la démarche punitive qui l’a accompagnée est venue confirmer que le RN nouvelle version Le Pen/ Bardella est exactement le même que celui des origines, sous le patriarche Jean-Marie Le Pen.
La seconde tendance, surtout à droite, avait tenté d’expliquer l’inanité de cette proposition. Comment alors distinguer un voile islamique, d’un voile chrétien, d’un voile juif, sans susciter une frustration généralisée, voire une désobéissance civile? Comment imaginer qu’un texte aussi ouvertement discriminatoire puisse passer les fourches Caudines du Conseil constitutionnel ?
En relançant la polémique sur le voile, Marine Le Pen voulait replacer la campagne électorale de ces présidentielles dans le cadre politique qui lui sied le plus. Une concentration sur la thématique de l’immigration et du voile participe certes à faire revenir dans les esprits l’extrême droite des origines, mais aussi à mobiliser tous ceux qui pourraient être tentés par une autre offre politique et priver le Rassemblement National de la majorité indispensable à son succès.
Plus que quiconque, Marine Le Pen sait qu’il lui fait acquérir la confiance de 51% pour cent des Français si elle veut demain succéder à Emmanuel Macron à l’Elysée. Sauf à penser qu’une grande majorité des français s’est brusquement convertie à la religion de l’extrême droite, ce pari indispensable semble difficile à réaliser. Marine Le Pen mobilise sur son fonds de commerce habituel celui du cauchemar migratoire qui lui a garanti une progression historique dans les sondages au point d’être qualifiée au second tour dans tous les cas de figure possibles et imaginables.
D’un autre côté elle prend le risque de revenir à un clivage politique et idéologique qui a longtemps participé à renforcer le plafond de verre qui tuait dans l’œuf toutes ses ambitions présidentielles. Ce même clivage qui a fait que pendant des années, le Front National, puis maintenant le Rassemblement National était un parti diabolisé autour duquel il était de bon ton de mettre une ceinture sanitaire pour empêcher que ces idées extrêmes ne prennent le pouvoir.
