Face au “ticket” Biden-Harris, Trump occupe le terrain

Soucieux de ne pas laisser toute la lumière aux démocrates, Donald Trump multiplie les déplacements, mais cherche toujours l’angle d’attaque face à Joe Biden et Kamala Harris.

Soucieux de ne pas laisser toute la lumière aux démocrates, Donald Trump multiplie les déplacements, mais cherche toujours l’angle d’attaque face à Joe Biden et Kamala Harris.

Lundi, au premier jour de la convention démocrate à Milwaukee, dans le Wisconsin, le président américain, mal en point dans les sondages, a choisi de se rendre…  dans le Wisconsin, à Oshkosh, à moins de 130 kilomètres plus au nord.

La contre-programmation est un classique des campagnes américaines. Mais Donald Trump – qui a peu de goût pour l’ombre, même passagère – pousse la logique très loin, à deux mois et demi d’un scrutin qui s’annonce difficile pour lui.

Jeudi, quelques heures avant le discours au cours duquel Joe Biden acceptera officiellement sa nomination, couronnement d’une carrière politique entamée il y a un demi-siècle, le milliardaire allumera un autre contre-feu.

Il s’exprimera depuis la banlieue de Scranton, ancienne ville industrielle de Pennsylvanie où est né l’ancien vice-président.

Tandis que les ténors démocrates – Barack et Michelle Obama en tête – se succéderont à la tribune (virtuelle) de la convention, le locataire de la Maison Blanche se rendra aussi cette semaine dans le Minnesota et l’Arizona.

Longtemps marquée par un faux rythme en raison de la pandémie du Covid-19, qui limite les interactions avec les électeurs, la campagne a bel et bien démarré.

L’annonce du choix de la sénatrice Kamala Harris comme colistière a donné un coup de fouet à la campagne jusqu’ici extraordinairement discrète de Joe Biden.

Selon un sondage ABC News/Washington Post rendu public dimanche, 54% approuvent ce choix (contre 29% qui le désapprouvent).

Dans ce contexte, la multiplication des déplacements à bord d’Air Force One suffira-t-elle à Donald Trump pour se relancer?

L’un des espoirs du camp républicain est d’attirer Joe Biden dans l’arène. Confiné depuis mars dans sa maison de Wilmington, dans le Delaware, il a, de fait, esquivé nombre d’obstacles, repoussant à plus tard interviews et conférences de presse.

Steve Bannon, acteur central de la victoire du milliardaire en 2016, juge que cette semaine va être “excellente pour la campagne Trump”, car elle va “forcer Joe Biden à sortir de son sous-sol”.

Pour Julian Zelizer, professeur de sciences politiques à l’université de Princeton, l’équation politique du président américain, très critiqué pour sa gestion de la crise sanitaire et économique qui secoue le pays, reste cependant très compliquée.

“Le principal problème de Donald Trump en ce moment est que plus il parle, plus il se met en difficulté”, a-t-il expliqué sur CNN. “Je ne suis pas convaincu que ses sorties dans les jours qui viennent feront du mal aux démocrates, elles pourraient au contraire contribuer à les rassembler”.

 “Sleepy Joe” ou “Slow Joe”

Trop laxiste? Trop dépensier? Trop à gauche? Trop indécis? Trop influençable? Donald Trump cherche l’attaque qui fera mouche face à Joe Biden. Mais il peine pour l’heure à s’en tenir à l’une d’elles, comme s’il manquait de prises.

Au début des primaires, le président ne cachait pas sa préférence: il rêvait à haute voix d’affronter Bernie Sanders, qui représente l’aile gauche du parti démocrate et revendique le terme de “socialiste”.

Mais c’est finalement le courant centriste qui l’a emporté, avec Joe Biden d’abord, pour la présidence, puis Kamala Harris ensuite, pour la vice-présidence.

La une du Wall Street Journal évoquant le “soulagement” des milieux boursiers après la nomination de cette dernière a marqué les esprits.

Donald Trump, qui brandit sa victoire surprise de 2016 dès qu’on l’interroge sur les sondages défavorables pour le scrutin à venir, aime revenir aux recettes d’il y a quatre ans.

En 2016, il avait affublé son adversaire démocrate du surnom moqueur de “Crooked Hillary” (“Hillary la crapule”). Le coup avait fait mouche auprès d’une base électorale électrisée par son franc-parler et ses provocations.

Cette fois, il peine à trouver la formule-choc qui marque les esprits.

“Qu’est-ce qui est le mieux: “Sleepy Joe” (Joe l’endormi) ou “Slow Joe” (Joe le lent)?”, lançait-il vendredi devant une foule conquise rassemblée devant son club de golf de Bedminster, dans le New Jersey. “J’hésite…”

A l’applaudimètre, “Sleepy Joe” l’a largement emporté.

“C’est ce que je pensais!”, a répondu le président. Amusé, mais conscient que, pour une semaine au moins, cet adversaire si souvent moqué bénéficierait d’une attention médiatique largement supérieure à la sienne.

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