Un projet de traité bilatéral accompagne la perspective d’une visite d’État du roi Mohammed VI en France en 2026. Plus qu’un texte diplomatique, il pourrait consacrer l’entrée de Paris et Rabat dans une relation moins implicite, plus explicite, et désormais à refonder sur de nouvelles bases.
Une visite d’État du Roi Mohammed VI en France est envisagée pour l’automne 2026. Si elle se confirme, elle serait la première depuis mai 2012. Elle interviendrait surtout après plusieurs années de refroidissement, puis de reprise progressive, dans une relation longtemps portée par l’évidence et désormais travaillée par la nécessité d’une redéfinition.
Depuis le début du printemps, cette perspective s’accompagne d’un autre chantier majeur : la préparation d’un projet de traité bilatéral entre Paris et Rabat. Révélé début avril. Ce projet, sur lequel se penche un comité de 11 membres, s’inscrit dans une séquence diplomatique encore ouverte, structurée autour d’un comité binational chargé d’en proposer une première version. Ce projet ne surgit pas de nulle part. Il prolonge le « partenariat d’exception renforcé » acté en octobre 2024 à Rabat, qui visait à rétablir un cadre de confiance après des tensions devenues trop visibles.
Entre une déclaration et un traité, la différence est décisive
Là où la première permet de relancer une relation, le second oblige à la définir. Il ne se contente pas d’aligner des intentions ; il fixe des équilibres. C’est précisément ce qui donne à la séquence actuelle sa portée. Il ne s’agit plus seulement de renouer les fils du dialogue, mais de dire, explicitement, ce que la relation franco-marocaine est devenue — et ce qu’elle peut encore être dans un monde plus concurrentiel.
Le débat autour des mots en donne un premier indice. Dans certains commentaires, le futur texte est présenté comme un premier traité du genre entre la France et un pays du « Sud global ». D’autres formulations, notamment diplomatiques, privilégient l’idée d’un premier traité entre la France et un pays « non européen ».
La nuance est révélatrice.
Dans un cas, le Maroc est inscrit dans une catégorie. Dans l’autre, il est reconnu dans sa singularité. Derrière cette divergence s’esquisse une question plus profonde : la France pense-t-elle encore sa relation au Maroc à travers des cadres hérités, ou est-elle prête à en reconnaître la transformation en cours ? Car le Maroc a changé de position. Il ne se définit plus exclusivement par sa proximité avec l’Europe. Il avance désormais selon une logique de diversification : ouverture atlantique, projection africaine, partenariats élargis, consolidation de ses capacités économiques et stratégiques. Ce déplacement modifie la nature même du dialogue avec Paris.
Face à cela, la France cherche sa propre adaptation. Si les liens humains, éducatifs et économiques demeurent denses, ils ne suffisent plus à produire une stabilité automatique. Ce qui relevait hier de l’évidence relève aujourd’hui de la négociation et d’une convergence d’intérêts mieux formulée.
Traité toujours en discussion
Le traité en préparation apparaît ainsi comme une tentative de passage d’une relation héritée à une relation explicitée. Il ne dira pas seulement ce que les deux États souhaitent faire ensemble, il dira aussi ce qu’ils acceptent désormais de reconnaître l’un de l’autre. C’est là que se situent les enjeux réels : sécurité, mobilités, projection conjointe en Afrique, mais aussi prise en compte des positions stratégiques sur les dossiers sensibles.
À ce stade, rien n’est arrêté. Le calendrier reste ouvert, le contenu toujours en discussion et l’issue soumise aux aléas de la scène internationale. Mais c’est précisément ce qui fait la singularité du moment : tout est encore négociable, mais plus rien ne peut être reconduit à l’identique.
Si elle a lieu, la visite de fin 2026 ne marquera pas un simple retour à la normalité, elle pourrait en acter la fin nécessaire pour ouvrir une ère nouvelle Une relation moins sentimentale, plus politique, moins héritée, plus assumée, moins implicite et plus souveraine.
Dans cette séquence, le traité n’est pas un simple instrument diplomatique. Il est un test. Non de l’amitié proclamée, mais de la capacité de deux États à reformuler ce qui les lie lorsque l’histoire ne suffit plus, à elle seule, à faire tenir l’avenir.
