Le soufisme, un moyen de résilience face aux crises du monde contemporain

Des chercheuses et universitaires ont souligné, dimanche à Fès, le rôle du soufisme en tant que levier majeur de résilience face aux mutations et aux crises du monde contemporain.

Réunies dans le cadre d’un colloque féminin, initié sous le thème « Le soufisme et les enjeux des crises actuelles, la voie vers la réalisation de l’équilibre humain », les participantes ont affirmé que le soufisme constitue une approche spirituelle capable de répondre aux déséquilibres psychologiques et sociaux dont souffrent les sociétés aujourd’hui.

Elles ont plaidé pour une réappropriation du soufisme, qui travaille sur l’individu pour immuniser et préserver la société selon une approche proposant un équilibre entre modernité, spiritualité et action concrète pour accompagner l’être humain face aux incertitudes des temps modernes.

Représentante de la Tariqa Qadirya Boutchichia, Asmae Errebai a indiqué que la Tariqa s’est consacrée, au fil des années, à la promotion de ses préceptes de tolérance et de juste milieu, et à la consécration de ses valeurs spirituelles, soufies et sunnites, ajoutant qu’elle a accordé un intérêt particulier à la conscience spirituelle dans l’expérience soufie, comme fondement essentiel de la construction d’un être humain équilibré sur les plans social et psychologique.

La conscience spirituelle devient un moyen pour comprendre le sens de l’existence et parvenir à une paix intérieure, a-t-elle dit, mettant l’accent sur l’ »éveil » (Yaqada), « une entrée vers la transformation spirituelle, qui est le passage de l’insouciance à la présence du cœur, étape fondamentale dans l’éducation soufie ».

Mme Errebai, qui est membre du conseil local des Ouléma à Fès, a estimé que le soufisme est un véritable projet humain de réforme de l’individu et de la société, ajoutant que dans le monde d’aujourd’hui, marqué par une multitude de crises et de maux, la pensée soufie devient une véritable réponse fondée sur la restauration du sens, de la paix intérieure et de l’équilibre spirituel.

Abordant le thème « Prévenir l’effritement social par la conscience spirituelle », la chercheuse en études soufies, Asmaa El Masmoudi, a souligné que « l’individualisme et la surcharge informationnelle génèrent l’effritement social et psychologique, estimant que le soufisme, par son travail sur la conscience et la présence, reconstitue le lien à soi, à l’autre et au collectif ».

« L’enjeu n’est pas mystique au sens abstrait, mais consiste en le maintien de la cohésion sociale », a-t-elle soutenu, ajoutant que le soufisme ne considère pas l’homme comme un simple être matériel, mais comme une entité porteuse d’une dimension spirituelle profonde, appelée à retrouver le sens de l’existence et l’harmonie intérieure.

Elle a mis l’accent, dans ce cadre, sur la notion de « l’éveil » comme point de départ du cheminement spirituel, en référence à la pensée des maîtres soufis pour lesquels le passage de l’insouciance à la présence intérieure constitue une étape fondamentale dans la purification de l’âme.

Face aux crises psychologiques et sociales contemporaines, a noté Mme Masmoudi, le soufisme s’érige comme une approche capable de restaurer le sens, de renforcer les liens humains et de promouvoir une culture de paix intérieure et de cohésion sociale.

Fatimazahra Maalainine, avocate et docteure en droit international public, qui a abordé « l’influence de la voie soufie sur l’édification de la personnalité », est revenue, elle, sur l’impact de la Tariqa de la zouaia de Cheikh Maelainine sur son approche du soufisme, mettant l’accent sur les liens qu’entretenaient cet érudit soufi et ses fils avec les ouléma de Fès et avec les autres confréries soufies, notamment la Tariqa Boutchichia.

Selon l’intervenante, Cheikh Maelaïnine disait être en lien de fraternité avec toutes les autres confréries, convaincu qu’il était que toutes les voies mènent à Dieu. « Il a réussi, grâce à cette démarche, de puiser dans chacune des confréries pour fonder sa voie qui réunit ce qui est séparé chez les autres », a-t-elle dit.

Au-delà du soufisme, a-t-elle fait savoir, Cheikh Maelaïnine accordait un intérêt particulier à la science et au savoir, au vu du rôle important que ce dernier joue en matière de facilitation du processus de rapprochement de l’individu à Dieu.

Initiée par la Fondation « Al Moltaqa » et la Tariqa Qadiriya Boutchichiya, en partenariat avec la faculté de droit de Fès et l’association Bouabate Fès, cette rencontre a rassemblé un parterre de chercheuses et de femmes universitaires, représentantes soufies, pour échanger autour de leurs expériences et leurs vécus en lien avec le soufisme

L’objectif, selon les organisateurs, est de démontrer que le soufisme ne signifie pas un retrait du monde, mais bien une démarche humaniste visant à réconcilier l’homme avec lui-même, avec les autres et avec le sacré, dans un contexte mondial marqué par la multiplication des crises sociales et identitaires.

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