Volkswagen en otage géopolitique : comment le Qatar complique l’ancrage industriel de l’israélien Rafael en Europe
Le Qatar, troisième actionnaire de Volkswagen avec près de 17% des droits de vote, fait obstacle au projet de coopération entre le constructeur allemand et le groupe de défense israélien Rafael, qui prévoit de convertir le site d’Osnabrück vers des activités militaires.
Le fonds souverain du Qatar, la Qatar Investment Authority (QIA), troisième actionnaire de Volkswagen avec près de 17% des droits de vote, fait obstacle à un projet de coopération entre le constructeur automobile allemand et Rafael Advanced Defense Systems, groupe israélien spécialisé dans les technologies de défense. Le projet prévoit notamment de convertir le site d’Osnabrück, en Basse-Saxe, vers des activités liées à l’industrie militaire.
Un site automobile en fin de vie, reconverti vers la défense
Volkswagen a annoncé l’arrêt de la production automobile sur le site d’Osnabrück d’ici la fin 2027, l’usine ne disposant plus de programme régulier de véhicules de tourisme après la fin de la production du T-Roc Cabriolet. Plutôt que de fermer entièrement le site, qui emploie environ 2.300 salariés, le constructeur a engagé des discussions avec plusieurs entreprises de défense pour repositionner l’usine. Rafael, société publique israélienne, a signé fin avril 2026 une lettre d’intention avec Volkswagen en vue de fabriquer sur place des composants non-munitions destinés au système de défense antimissile Dôme de fer (Iron Dome), tels que des camions militaires, des lanceurs de missiles et des générateurs d’énergie.
Le Qatar, actionnaire clé du groupe, met son veto
Selon plusieurs médias, dont Reuters et le quotidien allemand Bild, la QIA a soulevé des objections concernant ce projet, invoquant les relations complexes qu’entretient le Qatar avec Israël. Doha n’entretient pas de relations diplomatiques officielles avec l’État hébreu et s’est positionné comme médiateur entre Israël et le Hamas, qui dispose d’un bureau politique dans la capitale qatarie. Le soutien massif de l’opinion publique qatarie à la cause palestinienne rend délicate, pour le fonds souverain, toute association tacite ou directe à un projet de défense lié à Israël.
La QIA, troisième actionnaire de Volkswagen derrière la société d’investissement Porsche SE et l’État de Basse-Saxe, dispose de deux sièges au conseil de surveillance du constructeur, ce qui lui donne un poids réel pour ralentir, complexifier ou conditionner ce type de dossier.
Des tensions internes en Allemagne également
Le projet suscite par ailleurs une controverse en interne, en Allemagne. Des salariés de Volkswagen, des militants pacifistes et des responsables politiques d’opposition ont critiqué le projet, plaidant pour que le constructeur se concentre exclusivement sur une production civile. Le parti Die Linke (la Gauche), dans l’opposition, a qualifié la coopération envisagée avec Rafael d’« inacceptable », citant les opérations militaires menées par le gouvernement israélien au Moyen-Orient.
Une piste de compromis via la Basse-Saxe
Selon des sources proches du dossier, la Basse-Saxe, où se trouvent à la fois le site d’Osnabrück et le siège de Volkswagen à Wolfsburg, pourrait être associée à la solution via une coentreprise entre le constructeur et Rafael. Le ministre-président régional Olaf Lies, qui siège également au conseil de surveillance de Volkswagen, s’est refusé à commenter directement la position du Qatar, tout en appelant l’entreprise à trouver une solution durable pour l’avenir du site.
Rafael, un partenaire déjà présent dans l’arsenal marocain
Au-delà du dossier allemand, Rafael Advanced Defense Systems entretient des liens établis avec le Maroc dans le cadre de la coopération militaire maroco-israélienne, engagée depuis la signature d’un accord de défense bilatéral en 2021. Le système de défense aérienne Spyder, développé par Rafael, figure parmi les équipements évalués par les Forces armées royales pour renforcer leurs capacités de défense antiaérienne.

