Tunisie: polémique autour de l’incarcération de l’ex opposant Taoufik Ben Brik

Le journaliste tunisien Taoufik Ben Brik, connu pour s’être opposé au régime de Ben Ali, a été incarcéré en Tunisie pour des appels aux armes en faveur d’un politicien, déclenchant une polémique, dix ans après la révolution.

Des poursuites avaient été lancées contre M. Ben Brik durant la campagne électorale de l’automne 2019, après qu’il a protesté à la télévision contre l’incarcération du candidat à la présidentielle Nabil Karoui. Il avait notamment lancé: “dans d’autres pays, on prend les armes et les gens descendent se battre pour ceux qu’ils soutiennent” et critiqué à l’époque les juges l’ayant incarcéré.

Sur la chaîne Nessma appartenant à M. Karoui, Ben Brik avait vivement soutenu cet “ami et frère”, un homme d’affaires poursuivi pour blanchiment d’argent et en campagne contre le parti d’inspiration islamiste Ennahdha.

M. Karoui avait été placé en détention préventive durant la quasi totalité de la campagne dans le cadre d’une affaire remontant à plusieurs années, ce qui avait poussé nombre d’observateurs à déplorer une instrumentalisation de la justice à des fins politiques.

Après cette émission, la Haica, instance de contrôle de l’audiovisuel tunisien, avait condamné une enième fois la chaîne, qui émet sans licence.

M. Ben Brik, condamné pour ces propos à deux ans de prison par contumace en avril, a demandé à être rejugé lorsqu’il s’est rendu en Tunisie en juillet à l’occasion des funérailles de son frère.

A l’issue de ce nouveau procès, il a été condamné la semaine passée à un an de prison ferme pour “diffamation” des magistrats, et incarcéré sur le champ, bien qu’ayant fait appel, ont indiqué ses avocats, déplorant une arrestation “arbitraire”.

Selon l’Association des magistrats tunisiens, il est également condamné pour “incitation à la violence”.

La décision rendue par le tribunal n’a pas encore été transmise aux parties.

Ses avocats ont dénoncé cette nouvelle incarcération du pamphlétaire, qui avait déjà fait de la prison en 2010 après avoir critiqué le régime de Zine el Abidine Ben Ali.

“Cette arrestation constitue un très mauvais signal”, ont souligné dans un communiqué Me William Bourdon et Me Nabil Akrimi.

“Dans une démocratie, si des propos excessifs peuvent être poursuivis (…), ils ne (…) doivent jamais faire l’objet d’une procédure expéditive, ni conduire à un placement en détention”, ont ils fait valoir.

“L’histoire retiendra que mon mari a été emprisonné sous Ben Ali, puis de nouveau dix ans après sa chute”, a déploré son épouse Azza Zarrad, jointe par l’AFP, soulignant que la prison pourrait lui être fatale en raison des dysfonctionnements de son système immunitaire.

Taoufik Ben Brik, 59 ans, connu pour ses écrits souvent satiriques ou ironiques dénonçant la dictature de Ben Ali, a été censuré en Tunisie et régulièrement harcelé par la police de l’ancien régime.

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