Les Algériens boudent massivement les urnes

Dans un pays où le chaos a gagné tous les secteurs, l’organisation des élections législatives anticipées imposées par le régime pour se donner une légitimité est un pari très risqué pour le pouvoir en place, au regard de la montée de la contestation, incarnée par le mouvement populaire inédit le  Hirak.

Samedi 12 juin, la sanction des urnes ne s’est pas fait attendre. Outre le fiasco retentissant qu’a subi le pouvoir à travers un taux d’abstention record, avec un boycott de ce rendez-vous par plus de 70 % du corps électoral, ces élections se sont transformées en mascarade.

Une débâcle pour un système gangrené et qui a toujours préféré ne pas regarder la réalité en face.

Résultat : une élection sans électeurs ni partis politiques, et un taux de participation d’à peine 15% à 16H00 . Pari perdu par le régime, légitimité battue en brèche et feuille de route rejetée par des Algériens excédés.

Ne prenant pas acte de la détermination du mouvement Hirak et de la résolution des partis de l’opposition, le pouvoir en place a pris une véritable raclée.

Le spectacle dominant devant les bureaux de vote était la désolation. Ces élections législatives anticipées ont été boudées et massivement rejetées.

Le scénario du pire que le régime redoutait le plus a fini par se produire et la mascarade a tourné dans plusieurs régions au vinaigre. S’il n’y a pas eu de vote dans plusieurs communes de la wilaya de Bouira, ailleurs plusieurs centres de vote ont été saccagés.

 

“A Béjaïa, 17 centres de vote ont ouvert le matin sur les 500 dans les 52 communes. A 11h00, il ne restait que deux bureaux ouverts. A 14h00 l’ensemble des bureaux étaient fermés”, selon les ONGs sur place.

Des échauffourées ont même opposé des manifestants aux forces de l’ordre dans les villes de Haizer et El Esnam, et autour des bureaux de vote en Kabylie.

Dans cette région frondeuse, de nombreux bureaux de vote ont été fermés et des images de bulletins de vote jetés en pleine rue ont largement circulé sur les réseaux sociaux.

Fidèle à son approche répressive, le régime vert kaki a procédé à plusieurs interpellations qui ont eu lieu à Alger, Boumerdès, Béjaïa et Tizi Ouzou, selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).

Ce grave virage ne saurait surprendre. Les autorités se sont efforcées ces derniers mois d’étouffer la contestation, interdisant les manifestations et multipliant les interpellations et les poursuites judiciaires visant opposants, militants, journalistes et avocats. D’ailleurs, quelque 222 personnes sont actuellement incarcérées pour des faits en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles.

Plusieurs partis de l’opposition, les démocrates notamment, qui se sont regroupés au sein des forces du Pacte de l’alternative démocratique, ont boycotté ces élections. Même si de nombreux observateurs se sont interrogés sur la légitimité qu’aura un scrutin sans les partis de l’opposition, le pouvoir en place ne semble pas s’offusquer outre mesure de la sanction des urnes.

 

Face à ce paysage désolant, le président Abdelmadjid Tebboune feint un optimisme béat . Avalant mal ce rejet massif, il a tenu quand même à affirmer : “Pour moi, le taux de participation n’a pas d’importance. Ce qui m’importe, c’est que ceux pour lesquels le peuple votent aient une légitimité suffisante“.

De quelle légitimité pourraient se prévaloir les futurs élus ? Quel rôle pourrait jouer une nouvelle assemblée, si ce n’est celui d’une simple boîte d’enregistrement ?

Avant les élections, le Hirak, qui réclame en vain un changement radical du “système” de gouvernance en place depuis l’indépendance (1962), avait dénoncé une “mascarade électorale” et “une fuite en avant” du régime. L’opposition laïque et de gauche a boycotté le scrutin.

Considéré comme une façade civile de l’institution militaire, le gouvernement s’est efforcé ces derniers mois d’étouffer la contestation, interdisant les manifestations et multipliant les interpellations et les poursuites judiciaires visant opposants, militants, journalistes et avocats.

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