L’Arabie saoudite accuse les Houthis d’avoir attaqué La Mecque, Sanaa dément
L’Arabie saoudite a accusé les Houthis du Yémen d’avoir mené une attaque de drone contre La Mecque, une accusation démentie par les rebelles pro-iraniens, dans un conflit qui menace la navigation en mer Rouge et fait grimper les cours du pétrole.
Un drone intercepté près de La Mecque
L’Arabie saoudite a accusé mercredi les Houthis du Yémen d’avoir mené une attaque de drone contre la ville sainte de La Mecque, ce que ces combattants pro-iraniens ont démenti. Mardi, la défense aérienne saoudienne a détruit un drone hostile lancé par la milice houthie avant qu’il n’entre dans l’espace aérien interdit de la ville sainte de l’islam, a écrit la coalition militaire menée par Ryad dans un communiqué, précisant que l’interception avait eu lieu au sud de la ville. « La sécurité des deux saintes mosquées et de leurs visiteurs constitue une ligne rouge », a averti la coalition, le royaume dénonçant une « attaque terroriste lâche ». Un habitant de La Mecque, sous couvert d’anonymat, a témoigné avoir eu peur, la ville ayant déjà été visée par une attaque de missile en 2017 selon Ryad.
Un « mensonge éculé » selon les Houthis
Les Houthis ont de leur côté démenti avoir ciblé la ville sainte, un de leurs responsables, Hazm al-Assad, dénonçant un « mensonge éculé ». « Nos opérations visent les installations pétrolières et les bases militaires, qui sont éloignées des sites sacrés », a ajouté leur porte-parole militaire, Yahya Saree. Les combattants houthis ont de nouveau revendiqué mercredi une attaque contre une installation du groupe pétrolier saoudien Aramco à Yanbu, sur la mer Rouge, ainsi qu’une autre contre la base aérienne de Khamis Mushait, affirmant également avoir abattu un avion de chasse saoudien et accusant le royaume d’avoir mené 450 frappes aériennes au Yémen cette semaine.
Une condamnation régionale unanime
Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Fahmy, a qualifié l’attaque de « fait d’une extrême gravité », tandis que l’Organisation de la coopération islamique (OCI) a dénoncé des « attaques odieuses » profanant la sacralité des lieux saints. La Jordanie a exprimé sa « solidarité absolue » avec Ryad face à cet « acte inacceptable ».
Une pression économique croissante
Ryad, allié du gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale, est depuis début septembre la cible de frappes houthies d’envergure, dans un conflit qui s’est réveillé en juillet. Les Houthis ont parallèlement pris le contrôle du littoral yéménite bordant la mer Rouge, renforçant leur emprise sur le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, qui relie l’Europe à l’Asie via la mer Rouge et le canal de Suez. Ces développements ont fait grimper les cours du pétrole, le Brent s’échangeant mercredi à un peu plus de 107 dollars le baril, en légère baisse mais toujours bien plus haut qu’avant le début du conflit.
Une intense activité diplomatique saoudienne
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane multiplie les contacts diplomatiques, s’étant rendu mardi en Égypte, pays qui craint de voir fondre ses revenus tirés du canal de Suez en raison des menaces sur le trafic maritime. Il a appelé, aux côtés du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, à garantir la liberté et la sécurité de la navigation en mer Rouge. Ryad cherche également à s’assurer le soutien des États-Unis, alors que, selon le média américain Axios citant des responsables américains, le président Donald Trump a refusé d’ordonner des frappes contre les Houthis. Ces derniers assurent qu’il n’existe aucune menace pour la navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb, sauf pour les navires saoudiens. Sa fermeture serait « catastrophique », a admis mardi le ministère qatari des Affaires étrangères, son porte-parole Ibrahim al-Hashmi soulignant que le monde ne pouvait se permettre d’ajouter Bab el-Mandeb à la fermeture déjà en cours du détroit d’Ormuz.
Une crise humanitaire qui s’aggrave
Au moins 100 000 personnes ont été déplacées au Yémen depuis le lancement de l’offensive houthie début septembre, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). La précédente guerre, entre 2014 et 2022, avait déjà provoqué une crise humanitaire majeure dans ce pays, le plus pauvre de la péninsule arabique.
