Un scandale financier ébranle la Cour suprême du Brésil à trois semaines de la présidentielle

La Cour suprême du Brésil est restée divisée mardi sur l’ouverture d’une enquête visant le juge Alexandre de Moraes, soupçonné de liens avec un ex-banquier au cœur d’un scandale financier, à moins de vingt jours de la présidentielle.

Une séance inédite sans décision sur le fond

La Cour suprême du Brésil a achevé mardi, dans un climat de forte tension, une séance inédite destinée à décider de l’ouverture ou non d’une enquête visant l’un de ses membres les plus influents, le juge Alexandre de Moraes, soupçonné de liens avec un ex-banquier au cœur d’un scandale financier. Placée sous haut dispositif de sécurité et retransmise en direct à la télévision, cette séance d’environ six heures a exposé les profondes divisions entre les dix magistrats du tribunal sans trancher la question de fond. Le juge Alexandre de Moraes a notamment conduit le procès ayant abouti à la condamnation l’an dernier de l’ex-président Jair Bolsonaro à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État, ce qui lui a valu d’être visé par des sanctions de l’administration du président américain Donald Trump, ainsi que l’ordre de blocage du réseau social X pendant 40 jours au Brésil.

Un scandale né d’un rapport de la police fédérale

La crise a éclaté il y a deux semaines, lorsque le juge André Mendonça, nommé sous la présidence de Jair Bolsonaro, a rendu public un rapport de la police fédérale faisant état de messages compromettants envoyés par Daniel Vorcaro, l’ancien patron de Banco Master, établissement aujourd’hui liquidé au cœur de ce qui serait la plus grande fraude financière de l’histoire du Brésil, à un numéro attribué à Alexandre de Moraes. Dans ces échanges datant de novembre 2025, le banquier, aujourd’hui incarcéré, sollicitait l’aide du magistrat pour freiner l’enquête policière avant son arrestation. Alexandre de Moraes a répliqué en accusant André Mendonça d’abus d’autorité et en demandant que le tribunal enquête sur son collègue.

Des échanges houleux entre magistrats

En ouverture d’audience, le président de la Cour, Edson Fachin, a appelé ses pairs à faire preuve « d’équilibre, de sérénité et de responsabilité institutionnelle ». Les débats ont pourtant rapidement donné lieu à des échanges houleux entre Alexandre de Moraes et André Mendonça, assis côte à côte, le premier accusant le second d’être « au service » de la droite et de s’appuyer sur des données collectées illégalement, tandis qu’André Mendonça a répliqué « C’est un mensonge ! ». La Cour a refusé, par une majorité de 4 voix contre 3, une motion du magistrat Gilmar Mendes visant à statuer conjointement sur l’affaire de Moraes et les accusations visant André Mendonça lors de la prochaine session fixée au 23 septembre. La juge Carmen Lúcia, seule femme siégeant au tribunal, a exprimé sa « profonde tristesse » face à la « théâtralisation » des débats.

Une crise qui percute la présidentielle

 

Cette crise judiciaire intervient à moins de vingt jours de la présidentielle brésilienne, dont les deux favoris sont le président de gauche Luiz Inácio Lula da Silva, 80 ans, et le sénateur conservateur Flávio Bolsonaro, 45 ans, fils de l’ex-président Jair Bolsonaro. « Il faut enquêter sur tout le monde », a déclaré Lula, appelant à une réforme du système judiciaire, tandis que Flávio Bolsonaro dénonce un « système pourri » tout en faisant lui-même l’objet d’une enquête pour corruption et blanchiment d’argent, le soupçonnant d’avoir reçu des fonds du même banquier pour financer un documentaire sur son père. Selon un sondage de l’institut Quaest publié lundi, l’inquiétude des Brésiliens face à la corruption a bondi de 14 % à 22 % en douze jours, et place pour la première fois Flávio Bolsonaro en tête des intentions de vote au second tour avec 42 %, contre 40 % pour Lula.

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