Kenya : arrestation de l’ex-ministre des Affaires étrangères Raphael Tuju pour dénonciation d’enlèvement imaginaire.
L’ancien ministre des Affaires étrangères kényan, Raphael Tuju, a été arrêté à Nairobi après que la police a qualifié sa disparition, signalée samedi dernier, de mise en scène délibérée.
Cette interpellation intervient dans un contexte de tensions politiques accrues et d’un long litige financier portant sur des propriétés d’une valeur de 15 millions de dollars.
Le directeur des investigations criminelles (DCI), Mohamed Amin, a annoncé ce mardi 24 mars l’arrestation de Raphael Tuju, ancien chef de la diplomatie kényane. Initialement traité comme un enlèvement potentiel après que son véhicule a été retrouvé abandonné feux de détresse allumés dans le quartier aisé de Karen, l’épisode est désormais requalifié par les autorités en acte de « déception calculée ». Selon le DCI, M. Tuju serait resté à son domicile durant toute la période où il était officiellement porté disparu.
Raphael Tuju avait affirmé sur la chaîne Citizen TV avoir pris la fuite après avoir été suivi par un véhicule banalisé, justifiant son silence par une méfiance envers les forces de sécurité. « Je me considère béni car il y a beaucoup de Kényans dans des tombes anonymes », avait-il déclaré pour expliquer son choix de ne pas solliciter l’aide de la police. Les autorités rejettent cette version, affirmant que le suspect a cherché à manipuler l’opinion publique pour obtenir une « sympathie injustifiée ».
L’affaire s’inscrit dans un contexte judiciaire lourd pour l’ancien ministre. Son entreprise, Dari Limited, est engagée dans une bataille juridique concernant une dette de plus de 15 millions de dollars liée à des actifs immobiliers que des créanciers tentent de vendre aux enchères. M. Tuju avait récemment dénoncé une perquisition de sa propriété par des dizaines de policiers, une opération au cours de laquelle le personnel aurait été expulsé et les locaux saisis.
L’arrestation de ce poids lourd de la vie politique kényane survient après que plusieurs figures de l’opposition, dont le gouverneur James Orengo, ont publiquement dénoncé un prétendu « kidnapping ». Les autorités ont rappelé que la fourniture de fausses informations à la justice constitue une infraction grave, signalant que des poursuites judiciaires formelles devraient suivre cette détention. L’affaire fragilise davantage l’équilibre entre la crédibilité des services d’ordre et la contestation politique au Kenya.
