Jean-Yves Le Drian active une médiation française entre le Maroc et l’Espagne

Va-t-on vers une médiation française pour apaiser les vives tensions entre le Maroc et l’Espagne ? C’est en tout cas ce qu’a laissé entendre le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian ce dimanche matin.

Invité du Grand jury sur la chaîne LCI, le ministre français des Affaires étrangères a indiqué s’est entretenu samedi avec son homologue marocain, Nasser Bourita, “pour essayer de contribuer à ce que le dialogue entre Rabat et Madrid puisse reprendre”.

“Il y a en ce moment une relation assez compliquée entre l’Espagne et le Maroc. je souhaite que cela puisse se rétablir le mieux possible. Jusqu’à présent, il y avait une relation sur l’immigration plutôt positive partagée entre le Maroc et l’Espagne”, a-t-il rappelé.

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Et de poursuivre “”Quelques éléments, quelques incidents ont amené cette tension particulière”, affirmant s’être entretenu avec son “collègue marocain (Nasser Bourita) pour essayer de contribuer à ce que ce dialogue puisse reprendre”.

Pour le ministre, au-delà de l’afflux des migrants à Sebta (Ceuta), “cela montre de manière très forte la nécessité que l’Europe soit au rendez-vous de sa politique migratoire. Elle ne l’est pas”.

“Il faut respecter les grands principes de responsabilité et de solidarité en matière d’immigration irrégulière”, a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie française a souligné également l’importance pour l’Europe de se doter d’ une “vraie politique migratoire”.

“Il y a actuellement sur la table un texte qui s’appelle “le Pacte Asile et Migration” qu’il nous faut traiter globalement et ce sera sans doute de la responsabilité de la présidence française (du Conseil européen lors des six premiers mois de 2022, NDLR), d’achever les discussions qui sont en cours “, a-t-il indiqué.

Selon Jean-Yves Le Drian, cette politique migratoire, qui doit “respecter les grands principes de responsabilité et de solidarité”, “suppose un filtrage et l’identification de ceux qui doivent retourner dans leur pays d’origine et ceux qui sont éventuellement ressortissant du droit d’asile qu’il nous faut respecter par ce qu’il est constitutionnellement pour nous indispensable à maintenir et qu’il fait partie aussi de la vocation de l’Union européenne”.

Cette politique migratoire de l’Europe, “veut dire aussi qu’il y a une solidarité entre les différents pays européens pour ‘se partager’ ceux qui sont véritablement des demandeurs d’asile et pour aider les pays de première rentrée à assurer la logique de filtrage”, a-t-il ajouté. “Ce n’est pas parce que la géographie pénalise d’une certaine manière les pays dits de première rentrée que les autres ne doivent pas participer à l’effort”, a-t-il estimé.

Enfin, cette politique suppose que “nous sommes en situation de pouvoir agir auprès des pays de transit ou des pays qui sont d’origine pour qu’à la fois on rapatrie leurs ressortissants dans les pays de transit ou d’origine et puis qu’on aide ces pays à se développer”. “Ce qui veut dire une loi de développement suffisamment significative des grands enjeux sur la politique africaine évoqués il y a quelques jours (par le Président Emmanuel Macron), lors de la rencontre sur le forum des économies africaines de demain”.

Sur ce Pacte Asile et Migration, “il faudrait parallèlement un effort de développement considérable des pays qui sont des pays d’origine, parce que sinon on s’en sortira pas”, a martelé Jean Yves Le Drian, soulignant la nécessité d’aider les pays émetteurs de l’immigration à assurer leur propre développement et “cela passe par la scolarisation inévitablement”.

Sur la question du retour des migrants qui ne sont pas éligibles au droit d’asile, Le Drian a indiqué que lorsque le Pacte Asile et Migration sera mis en place, “il y aura des lieux de filtrage de ceux qui viennent en situation irrégulière et qui devront être rapatriés chez eux”.

“C’est ça l’accord européen auquel il faut tendre. Pour le moment nous n’y sommes pas”, a-t-il ajouté.

Prié de dire si l’Europe, la France notamment, doit rester une terre d’accueil pour les mineurs migrants, Jean Yves Le Drain a répété que “la France se doit comme l’Europe d’accueillir ceux des migrants qui sont demandeurs d’asile parce que le critère qui est retenu pour la demande d’asile aura été reconnu”.

Lors de cette émission, il a été aussi question du débat politique actuellement en France sur l’immigration à un an des prochaines présidentielles: entre ceux qui proposent un moratoire sur l’immigration de trois à cinq ans et ceux qui estiment que la France a besoin de l’immigration pour assurer sa croissance démographique, Jean Yves Le Drian a affirmé que “l’on confond allégrement les migrations acceptées dites partenariales qui font que des entreprises recrutent des migrants sur contrat de travail avec des compétences données, et l’immigration irrégulière”. Et, “tant que l’on ne clarifiera pas cette situation, on aura un débat qui sera tronqué”.

“On doit avoir un traitement différent sur les migrants réguliers et les migrants irréguliers”, a-t-il dit.

Détourner le débat

Pour le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita. “l’Espagne tente d’utiliser ce qui s’est passé dans le préside occupé de Sebta comme “le salut pour sortir du débat réel” sur la crise maroco-espagnole relative à l’accueil par Madrid de Brahim Ghali, poursuivi pourtant pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité, viol et violations des droits de l’homme.

En matière de lutte contre la migration illégale, “le Maroc n’a pas besoin d’être noté par l’Espagne et ses médias”, avait-t-il indiqué, rappelant, dans ce cadre, que le Maroc a avorté 13.000 tentatives d’immigration irrégulière depuis 2017, démantelé 4.163 réseaux de trafics et enregistré 48 tentatives d’assaut sur Sebta.

“Il y a une réalité, il y a des chiffres qui méritent reconnaissance”, avait soutenu M. Bourita, soulignant que ce qui s’est passé dans le préside occupé rappelle aussi “le coût financier que le Maroc assume pour ce bon voisinage, que certains ont malmené ces derniers jours”.

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“L’Europe ne nous donne même pas 20% du coût que le Maroc assume dans la lutte contre la migration clandestine”, a-t-il dit, précisant que les événements de ces derniers jours ont montré que 99% de l’effort de lutte est fait par le Maroc contre “rien de l’autre côté”.

M. Bourita a aussi rejeté les accusations de chantage de l’Espagne contre le Maroc “qui mobilise ses forces de sécurité et qui paie de son budget pour préserver son voisinage”.

“Le Maroc n’est pas le gendarme, mais il est toujours un acteur responsable” en matière de lutte contre la migration clandestine, avait relevé le ministre, soulignant que le Royaume est également en droit d’exiger la même responsabilité, le même engagement et la même confiance de ses partenaires.

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