Affaire du foulard à Creil : Ghaleb Bencheikh regrette ses propos sur feu le Roi Hassan II, invoque une “ellipse involontaire”

Après le malaise provoqué par ses propos, tenus le 31 janvier 2019, sur le rôle de feu le Roi Hassan II dans l’affaire du foulard à Creil, et vivement dénoncé par des institutions du culte musulman de France, le nouveau président de la Fondation de l’islam de France (FIF) dit regretter cette «méprise», invoquant une « ellipse* involontaire ».

« La position du Roi Hassan II était exemplaire » dans le déouement cette affaire, a-t-il tenu à préciser dimanche dans une déclaration à Atlasinfo.

L’affaire du foulard remonte au 4 octobre 1989 quand le proviseur du collège Gabriel-Havez à Creil, dans l’Oise, décide d’exclure Leila, Fatima et Samira, trois jeunes filles qui refusent d’ôter leur fichu en classe. L’affaire s’enflamme. Des dizaines de journalistes débarquent devant l’établissement pour interroger les collégiennes qui les fuient en courant. La polémique enfle à tel point qu’il a fallu l’intervention du Maroc pour y mettre un terme.

Et c’est en effet feu le Roi Hassan II qui a fait demander « personnellement et en tant que père de famille », par l’intermédiaire de l’ambassadeur du Maroc en France, aux jeunes filles d’enlever leur foulard et de reprendre le chemin de l’école, mettant ainsi fin à une longue crise devenue une affaire d’Etat.

Interrogé vendredi dernier sur sa position sur le voile lors de la présentation des vœux de la FIF, M. Bencheikh a répondu : « (…) J’ai toujours pensé, je ne l’ai jamais caché depuis l’histoire des fillettes à peine nubiles qu’on a emmitouflé à Creil sous prétexte que le Commandeur des croyants au Maroc dit qu’il faut respecter le voile, alors qu’aucune femme de sa famille n’est voilée. Et ça a commencé comme ça (…) ».

« Sincèrement, dans un premier temps je n’ai pas compris en quoi mes propos étaient choquants, puis après avoir écouté la vidéo désormais postée, j’ai réalisé que j’ai omis de préciser comme je le fais dans certaines de mes conférences à propos de ce sujet, que c’est le père des fillettes qui a prétendu que c’est le commandeur des croyants qui lui enjoignait de suivre scrupuleusement ce qu’il y a dans le Coran », a fait valoir M. Bencheikh.

« Bien entendu, a-t-il poursuivi, l’histoire retient que Feu le roi Hassan II a bien joué un rôle crucial dans le dénouement de cette affaire », avant de souligner que « La méprise est due au fait de n’avoir pas précisé dans mon envolée que c’étaient les allégations du père. Je regrette cette ellipse involontaire. La position du Roi Hassan II était exemplaire» dans le dénouement de cette affaire.

Les recteurs des grandes mosquées de Saint-Etienne et d’Evry Courcouronnes, ainsi que le président de l’Union des mosquées Région Ile de France ont unanimement exprimé leur « profonde indignation » après la sortie du président de la FIF sur l’affaire de Creil, dénonçant la falsification d’une « vérité historique » et une « atteinte à la mémoire du Roi défunt ».

"Il est assez surprenant que l’affaire du foulard à Creil (en 1989), très médiatisée à l’époque et les archives en sont témoins, prête le flanc à des allégations pareilles. 20 ans après, le président de la FIF vient contredire la position conciliatrice de Feu sa Majesté le roi Hassan ll", a relevé le recteur de la grande mosquée d’Evry Courcouronnes dans un communiqué.

« Le président de la FIF, eu égard à la fonction qui est désormais la sienne, porte atteinte à la mémoire d’un défunt de manière mensongère. chose interdite par l’islam », a-t-il souligné.

Pour la grande mosquée de Saint-Etienne, « Cette énorme contre vérité- les vidéos et les articles de presse française de l’époque sont à la portée de tous- est démentie par les faits historiques facilement vérifiables .»

« L’Union des Mosquées de la Région Ile de France fait part de sa déception, en ce sens que nous avions applaudi la nomination de Monsieur BENCHEIKH, dont nous nous sommes publiquement félicités. Désormais pour nous il y a un avant et un après le mensonge de M. BENCHEIKH », a pour sa part réagi dimanche l’UMF Région Ile de France.

" Nous nous réservons le droit de répondre à toutes les provocations d’où qu’elles viennent et nous restons prêts à toutes les éventualités", a-t-on indiqué dans un communiqué, ajoutant que « Le mensonge étant public, l’Union des Mosquées de la Région Ile de France exige des excuses publiques même si cela n’effacera pas le mal fait à la mémoire d’un défunt par une ‘’intox’’ devenue virale sur la toile »

*ellipse: « manque, défaut, insuffisance »


Par Hasna Daoudi

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