Marine Le Pen candidate contre vents et marées à l’élection présidentielle française

Marine Le Pen, qui semblait se résigner à son sort depuis des mois, au point de construire l’alternative Jordan Bardella comme fameux plan B, n’en a pas cru ses oreilles. A nouveau condamnée pour « détournement de fonds publics » mais avec une inéligibilité réduite au strict minimum, la cheffe de file de l’extrême droite a décidé dès l’annonce du verdict de maintenir sa candidature à la prochaine présidentielle, tout en se pourvoyant en cassation pour échapper, au moins temporairement, au bracelet électronique.

Le grand retour de Marine Le Pen a fait des heureux et des malheureux. Dans la catégorie des déçus, il faut placer en tête de liste Jordan Bardella, le dauphin intronisé comme successeur de la dynastie Le Pen. Bardella a beau multiplier les contorsions de satisfaction et d’optimisme pour saluer le retour de Marine Le Pen dans le jeu  politique, il ne peut masquer une certaine amertume en voyant ses rêves présidentiels s’évanouir d’un coup.

Il faut dire que l’équipe Bardella était déjà prête à partir à la conquête de l’Élysée. Le plan de communication était fin prêt. Les soutiens bien identifiés. Et les sondages extrêmement favorables. Même s’il souffrait d’un manque d’expérience et d’une maîtrise très limitée des grands dossiers , Bardella compensait ces handicaps par une maîtrise de la communication sur les réseaux sociaux et une ceratine capacité à exercer une attraction, sans complexe, sur une grande partie de la jeunesse.

À décrypter son attitude et ses postures, Bardella s’y croyait déjà. Et pour cause: il incarnait une extrême droite débarrassée de ses avatars les plus révulsants, une image plus lisse, affranchie de certaines ruptures historiques. Avec Bardella, le Rassemblement national semblait soudain moins antisémite, moins raciste, moins xénophobe. Pour illustrer cette trajectoire d’intégration réussie, la mythologie Bardella met volontiers en scène ses origines italo-maghrébines et le fait qu’il soit issu d’un département réputé difficile, la Seine-Saint-Denis.

Autre signe que la victoire lui semblait à portée de main, Jordan Bardella s’était même trouvé une future Première dame compatible avec les ors et le faste historique du palais de l’Élysée, en la personne de Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles.

Il est vrai que cette relation et le nouveau mode de vie qu’elle implique portent un coup dur à l’image d’un parti qui se veut populaire, populiste et proche du peuple. Mais cet écart lui semblait pardonné, comme en témoignaient le maintien d’excellents sondages et la bienveillance d’une partie de l’opinion.

Pour le reste de la classe politique, le retour de Marine Le Pen dans la course présidentielle constitue presque une bonne nouvelle. Ceux qui se résignaient à l’inévitable victoire de Bardella se sont soudain remis à espérer. Le Rassemblement national sous la bannière de Marine Le Pen paraît plus vulnérable, tant la fille de son père traîne de nombreux handicaps. À commencer par son patronyme. Une conviction solidement ancrée au sein de la classe politique française veut que la majorité des Français ne vote jamais pour une Le Pen, tant les outrances racistes et antisémites associées à l’héritage politique de son père demeurent présentes dans la mémoire collective.

À ce handicap majeur s’ajoutent deux autres éléments qui seront exploités jusqu’à la lie par les adversaires de Marine Le Pen. Le premier concerne son programme économique qui, malgré ses trois précédentes campagnes présidentielles, n’a guère gagné en clarté ni en cohérence. À l’exception d’une vision relativement claire – pour ne pas dire opportunément radicale – sur les questions sécuritaires et migratoires, le programme économique du Rassemblement national continue de souffrir d’amateurisme et d’incohérences. Ses détracteurs ne manqueront pas d’en dénoncer, une fois encore, les nombreuses faiblesses.

Le second élément de fragilité est précisément celui qui vient de frapper Marine Le Pen de plein fouet. Même si le jugement lui rend son éligibilité, il lui laisse une lourde condamnation pour détournement de fonds publics, assortie d’une importante amende et d’une peine de prison ferme aménagée sous bracelet électronique. Pour ses adversaires, de gauche comme de droite, malgré les succès d’opinion dont elle bénéficie aujourd’hui, les Français réfléchiront à deux fois avant de confier les clés de l’Élysée à celle que certains ne manqueront pas de présenter comme une «délinquante».

Marine Le Pen suscitait déjà des réticences en raison de son patronyme, synonyme, pour beaucoup, de tous les excès et de toutes les fractures. Sa récente condamnation, même si ses effets sont en partie suspendus par les voies de recours, est de nature à compromettre durablement ses chances de remporter la prochaine élection présidentielle.

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