Election d’un nouveau SG de l’ONU: la quête d’un multilatéralisme réinventé

 La course pour choisir le prochain secrétaire général des Nations Unies est bel et bien lancée. Quatre personnalités, dont deux femmes, aux expériences diversifiées, ont, jusqu’à présent, présenté leurs candidatures pour remplacer Antonio Guterres qui achèvera son deuxième mandat à la tête de l’organisation multilatérale fin décembre prochain.

Il s’agit de Michelle Bachelet Jeria, ancienne présidente du Chili, Rebeca Grynspan, ancienne Secrétaire générale de l’ONU Commerce et Développement (CNUCED), Macky Sall, ancien président du Sénégal et Rafael Mariano Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Ces candidats, dans le cadre des Dialogues interactifs prévus mardi et mercredi à New York, devront présenter leurs visions de l’ONU durant les cinq prochaines années et répondre aux différentes questions des Etats membres concernant une myriade de sujets d’actualité.

Lors de ces dialogues qui marquent, selon l’Assemblée générale de l’ONU, une étape charnière dans le processus de sélection du prochain « diplomate en chef » de l’organisation internationale, les quatre prétendants devront, chacun pour une durée de trois heures, répondre aussi aux questions des représentants de la société civile.

Cette année, la course pour élire le 10è Secrétaire général des Nations Unies, intervient dans un contexte particulier marqué notamment par la prolifération de crises et de conflits dans plusieurs parties du monde, ainsi que par une multitude de défis à caractère géopolitique, qui remettent en cause le système multilatéral sur lequel repose l’organisation internationale pour défendre les causes de la paix, du développement durable et des droits de l’Homme.

Le système onusien actuel « est confronté à trois crises simultanées: l’insolvabilité financière, la montée des tensions géopolitiques et un déficit de crédibilité », estime Daniel Forti, spécialiste des questions liées à l’ONU, dans une analyse publiée par le think tank “Crisis Group”, relevant que le prochain dirigeant des Nations Unies doit incarner une “direction stratégique” pour donner un nouvel élan à un système onusien “sous pression”.

Présentant ces dialogues interactifs avec les quatre candidats, la présidente de l’AG de l’ONU, Annalena Baerbock, a reconnu, de son côté, une “époque marquée par des défis croissants”, mettant à rude épreuve les principes fondateurs de la Charte des Nations Unies.

“Le monde a plus que jamais besoin de l’Organisation des Nations Unies, ainsi que d’un Secrétaire général capable d’assurer un leadership fort, fondé sur des principes et efficace”, a-t-elle estimé, notant que le prochain Secrétaire général aura pour missions non seulement de surmonter les défis politiques et financiers, mais aussi de faire progresser les réformes essentielles visant à garantir que l’Organisation des Nations Unies soit prête pour l’avenir.

Abondant dans le même sens, Jean-Pierre Kempeneers et Sam Muller, deux anciens diplomates, estiment que l’heure est de faire face à la situation de fragmentation qui caractérise le monde d’aujourd’hui, soulignant que l’ONU a besoin d’un “catalyseur courageux” qui va déterminer l’avenir du multilatéralisme.

« Le choix de 2026 ne porte pas uniquement sur l’identité de celui ou celle qui va diriger l’ONU. Il s’agit de déterminer si le multilatéralisme sera réinventé ou s’il s’effacera, sans qu’aucune alternative viable ne vienne le remplacer », lancent-ils dans une analyse.

Cette réforme, qui doit s’adapter aux défis de l’heure, revêt, selon des observateurs, un caractère fondamental pour mieux servir trois fondamentaux de l’ONU, à savoir la paix, le développement durable et les droits de l’Homme.

« Le système international, conçu il y a quatre-vingts ans, n’est plus adapté à sa vocation (…). Le monde, tel qu’il a évolué, ne saurait se passer d’un système multilatéral et des Nations Unies », estime, pour sa part, Michael Moller, membre du Conseil d’administration de la Fondation Kofi Annan et ancien sous-secrétaire général à l’ONU.

A ses yeux, ce système doit reposer sur une approche plus collaborative, plus inclusive et tournée vers les résultats et plus d’impact, ajoutant que seul un multilatéralisme renouvelé et efficace peut faire face aux « risques existentiels » d’aujourd’hui.

D’autres spécialistes et observateurs comme Erica Harper, de l’Académie de droit international humanitaire et de droits humains à Genève, évoquent l’importance d’un multilatéralisme pragmatique, fondé sur l’inclusivité et inscrit dans le temps, estimant que le prochain SG de l’ONU devrait s’appuyer sur ces principes pour « restaurer la légitimité » du système international.

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