Sebta: le t-shirt refusé par Mbappé au Real Madrid déclenche une polémique politique en Espagne et en France
L’attaquant du Real Madrid Kylian Mbappé, qui a refusé d’enfiler entièrement un t-shirt de soutien à Sebta pour avoir aussi une pensée pour les migrants disparus, est visé depuis deux jours par des critiques appuyées de la droite et de l’extrême droite espagnoles et françaises.
Un geste qui ne désenfle pas la polémique
La polémique ne désenfle pas deux jours après que l’attaquant du Real Madrid Kylian Mbappé, soucieux d’avoir aussi « une pensée » pour les migrants en souffrance, a refusé d’enfiler entièrement un t-shirt en soutien à la population de Sebta, s’attirant de vives critiques de la droite et de l’extrême droite espagnole et française.
Longtemps peu présent dans le débat public en Espagne, le sujet de l’immigration s’est imposé ces derniers mois comme l’un des principaux thèmes de discussion, allant jusqu’à diviser au sein des clubs de football, à quelques mois d’élections législatives très attendues.
Mardi soir, avant une rencontre de Liga, Kylian Mbappé a ostensiblement caché, aux côtés de l’attaquant brésilien Vinicius Junior et du défenseur français Ibrahima Konaté, le message imprimé sur des t-shirts blancs faisant référence au surnom des habitants de Sebta. Les images ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux, avant de s’inviter jusque dans les couloirs du Parlement à Madrid.
Des réactions politiques appuyées en Espagne
La porte-parole du Parti populaire (droite) à l’hémicycle a évoqué mercredi avoir ressenti « une profonde honte », tandis qu’un député de Vox (extrême droite) a jugé que les Espagnols étaient « libres de se sentir indignés » envers des joueurs vivant en Espagne sans, selon lui, soutenir les Espagnols. Dans la soirée, le groupe de supporters du Real Madrid « Ultras Sur », interdit de présence au stade Santiago Bernabéu et associé à l’extrême droite, a dénoncé dans un communiqué une attitude « inacceptable », allant jusqu’à réclamer des excuses publiques aux trois joueurs. La semaine précédente, plusieurs centaines de leurs membres avaient scandé, aux abords du stade, un slogan anti-immigration lié à Sebta. Sollicité, le Real Madrid n’a pas souhaité commenter l’affaire.
Une crise migratoire toujours sensible deux mois après
Le contexte reste inflammable en Espagne depuis que, fin juillet, des dizaines de milliers de migrants venus du Maroc sont entrés à Sebta, provoquant une crise inédite sur place et de vives tensions diplomatiques au sein de l’Union européenne. Plusieurs dizaines de ces migrants sont morts dans leur tentative de rejoindre l’enclave, principalement en mer, selon les bilans des autorités espagnoles et marocaines. L’immense majorité des personnes en situation irrégulière ont depuis été renvoyées vers le Maroc, mais plusieurs milliers d’entre elles demeurent encore à Sebta, où la situation reste source de tensions avec les habitants et de manifestations régulières, largement récupérées par l’extrême droite.
Mbappé défend son geste, la droite française s’offusque
Pressé de s’exprimer, Kylian Mbappé a défendu son geste auprès du quotidien sportif AS, affirmant être « pleinement solidaire de Sebta et de toutes les victimes » tout en tenant à adresser une pensée aux migrants disparus. Une déclaration mesurée pour une star désormais habituée des prises de position sur des sujets extra-sportifs, qui s’était déjà exprimée par le passé contre le racisme et contre le Rassemblement national (RN).
Le RN, mené par Jordan Bardella, s’est d’ailleurs offusqué du geste du capitaine de l’équipe de France. Le porte-parole du parti à l’Assemblée nationale, Julien Odoul, a dénoncé sur la chaîne Cnews, propriété de l’homme d’affaires Vincent Bolloré, un « comportement de petite racaille ». L’eurodéputée Marion Maréchal a de son côté critiqué une solidarité jugée à sens unique envers les souffrances dans le monde.
À travers Kylian Mbappé et Vinicius Junior — engagé par ailleurs contre le racisme après avoir été la cible d’insultes racistes dans les stades espagnols — la droite et l’extrême droite espagnoles tentent également d’affaiblir le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, accusé par le Parti populaire et Vox d’avoir failli à la protection de la souveraineté du territoire à Sebta, quelques semaines après avoir finalisé un plan de régularisation pouvant bénéficier à plus d’un million d’étrangers en situation irrégulière.
