La crise autour de l’Iran ne pose pas seulement une question de sécurité régionale. En remettant le détroit d’Ormuz au centre des tensions, elle réactive un risque majeur pour les économies importatrices d’énergie. Pour le Maroc, l’enjeu n’est pas militaire. Il est énergétique, commercial et inflationniste.
Le point décisif est connu : environ 20 % des flux mondiaux de pétrole et de gaz transitent par le détroit d’Ormuz. À cette échelle, il ne s’agit plus d’un simple passage maritime, mais d’un nœud systémique. Sa fragilisation transforme immédiatement une crise régionale en contrainte économique globale.
Pour le Maroc, l’exposition est directe. Le Royaume importe environ 90 % de ses besoins énergétiques. Dans ces conditions, une hausse durable du baril ne reste pas une variable externe abstraite. Elle devient une charge supplémentaire sur la facture énergétique, puis sur les équilibres extérieurs.
Le contexte récent avait plutôt offert un répit relatif. Les données de l’Office des Changes montrent qu’en janvier 2026, les recettes voyages ont progressé de 19,3 % pour atteindre 11,659 milliards de dirhams, tandis que le déficit commercial a augmenté de 5,1 % sur un an. Cette configuration montre à la fois l’existence d’amortisseurs extérieurs et la fragilité persistante de l’équilibre commercial.
Si la tension autour d’Ormuz devait durer, trois effets sont à anticiper. Le premier est commercial. Une énergie plus chère alourdit mécaniquement les importations et pèse sur la balance extérieure. Le deuxième est inflationniste. Le renchérissement du pétrole se diffuse vers les carburants, le transport, la logistique et, à terme, vers certains prix intérieurs.
Le troisième est plus structurel : la réduction des marges de manœuvre. Un choc énergétique prolongé n’entraîne pas toujours une rupture brutale ; il agit souvent par érosion, en compliquant les arbitrages budgétaires, extérieurs et monétaires.
Le Maroc dispose certes d’amortisseurs. Les avoirs officiels de réserve couvraient début mars 2026 un peu plus de cinq mois d’importations de biens et services, selon Bank Al-Maghrib. Les recettes extérieures offrent elles aussi un soutien utile. Mais ces leviers ne suppriment pas la vulnérabilité. Ils permettent surtout d’absorber un choc court, non d’annuler les effets d’une tension durable sur l’énergie. 
C’est en cela que la crise prend une signification plus large. Elle rappelle que la dépendance énergétique ne relève pas uniquement d’une politique sectorielle. Elle touche à la sécurité économique. Plus les routes énergétiques mondiales deviennent incertaines, plus la réduction de l’exposition aux hydrocarbures importés devient un impératif stratégique.
La lecture marocaine du moment est donc nette. Le Royaume ne fait pas face à une menace militaire directe. Mais il reste exposé à un choc de flux dont les effets se lisent d’abord dans l’énergie, puis dans les prix, enfin dans les équilibres extérieurs. Dans ce type de crise, ce que le Maroc n’encaisse pas sur le terrain se traduit, tôt ou tard, dans ses équilibres énergétiques et extérieurs. 
