France : “Incompréhension” après le refus du Pape d’accepter la démission de Mgr Barbarin

Le refus du Pape d’accepter la démission du cardinal Philippe Barbarin suscitait mercredi en France l’incompréhension de nombreux fidèles catholiques, jugeant que cette décision "désespérante" empêche l’Eglise de "passer à autre chose".

Le pape François a accordé un répit à l’archevêque de Lyon (centre-est) dans l’attente de son procès en appel pour non dénonciation des abus sexuels d’un prêtre de son diocèse. Mgr Barbarin, condamné à six mois de prison avec sursis, a toutefois annoncé se mettre en retrait de la direction de son diocèse.

Au lendemain de cette annonce, des fidèles catholiques se disent "désorientés", dans un contexte où les accusations d’agressions sexuelles par des membres du clergé se multiplient dans le monde.

En Australie, le cardinal George Pell, ancien numéro trois du Vatican, a été condamné à six ans de prison pour agressions sexuelles contre deux enfants de choeur. Et aux Etats-Unis l’ex-cardinal Theodore McCarrick a été défroqué mi-février après des accusations d’abus sexuels.

Ces révélations ont amené le Pape à organiser en février un "sommet" sur la lutte contre la pédophilie en promettant "une lutte à tous les niveaux".

Alexandre, catholique pratiquant de 29 ans, admet une décision du pape "cohérente du point de vue juridique, dans la mesure où le cardinal a fait appel et donc il y a présomption d’innocence".

Pour autant, "quand on en parle avec d’autres catholiques, on ne comprend pas bien", témoigne-t-il à l’AFP. "On attendait un signal fort de l’Eglise et l’acceptation de la démission" de Mgr Barbarin en aurait été un. "C’est une occasion loupée".

Patrick Terrasse, rédacteur en chef de l’hebdomadaire chrétien Golias, se dit "consterné, en premier lieu pour les victimes", des scouts ayant dénoncé des agressions pédophiles imputées au père Bernard Preynat dans les années 1980-1990.

"C’est aussi consternant pour François, qui avait parlé de +tolérance zéro+ pour les affaires de pédophilie. Or on constate qu’il n’a pas de volonté politique ni de vision politique pour ces affaires. Il gère au cas par cas".

"Pour l’opinion publique catholique ou non catholique, cela paraît contraire au message évangélique que l’Eglise se doit de porter", estime encore Patrick Terrasse.

La non acceptation du Pape est également "un camouflet pour l’Eglise de France", juge-t-il : "cela montre que François connaît mal la France et qu’il n’a pas mesuré la portée de son geste".

L’institution ecclésiale ne cachait pas son embarras mardi, le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Georges Pontier, se disant "étonné" d’une "situation inédite".

La semaine dernière, un haut responsable religieux avait estimé, en envisageant les divers scenarii possibles, qu’un refus du pape d’accepter une démission "mécontenterait tout le monde : Mgr Barbarin, le diocèse, et ça n’aiderait pas l’Eglise à passer à autre chose".

Cette situation est à la fois "terrible pour le cardinal, compliquée pour l’Eglise de France, très violente pour les victimes et désespérante pour les catholiques comme moi", a résumé Christine Pedotti, directrice de l’hebdomadaire Témoignage chrétien.

Dès cette annonce mardi, les victimes à l’origine du procès Barbarin ont été abasourdies. "L’erreur de trop", a jugé François Devaux, cofondateur de l’association La Parole libérée. "L’Eglise n’est plus crédible à mes yeux", a déclaré au quotidien chrétien La Croix Alexandre Hezez, autre cofondateur.

La présidente d’une association de femmes catholiques à Versailles, près de Paris, venant en aide aux victimes de pédophilie, raconte à l’AFP avoir reçu des messages de victimes "abasourdies et assommées par la décision du Pape". "Les plus petits se sentent une nouvelle fois piétinés et abandonnés", estime Camille de Metz-Noblat.

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