Crise migratoire à Sebta : l’Italie veut suspendre l’Espagne de l’espace Schengen
Le gouvernement italien envisage de suspendre l’Espagne de l’espace Schengen après la crise migratoire à Sebta, où au moins neuf migrants sont morts en tentant de rejoindre l’enclave à la nage depuis le Maroc.
Rome menace de suspendre Schengen
Le gouvernement italien évalue la possibilité de suspendre le traité de Schengen avec l’Espagne, a-t-on appris de sources du palais Chigi, siège de la présidence du Conseil italien, à la lumière de la crise migratoire à Sebta. « Je suis favorable à la fermeture de l’espace Schengen avec l’Espagne et j’ai pleine confiance dans l’action du ministre Piantedosi. L’immigration irrégulière et incontrôlée représente un danger pour la sécurité nationale », a écrit sur X le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères italien, Antonio Tajani. Il estime que les images en provenance de Sebta démontrent que la décision du gouvernement espagnol d’accorder la citoyenneté à plus de 500 000 immigrés en situation irrégulière serait « profondément erronée » et inciterait au trafic d’êtres humains. Le vice-Premier ministre et ministre des Transports, Matteo Salvini, a pour sa part jugé « impératif de suspendre Schengen pour défendre les frontières et protéger les Italiens ».
Une « avalanche humaine » à la frontière
Sur le terrain, la situation reste critique : selon la correspondante de la télévision publique espagnole TVE, « l’avalanche humaine atteint déjà 5 kilomètres » à la frontière. Aucune estimation officielle du nombre total de migrants entrés dans l’enclave n’a été communiquée par Madrid. Neuf corps de migrants ont été repêchés après avoir tenté de rejoindre Sebta à la nage depuis le Maroc, un bilan qui pourrait encore s’alourdir.
Le gouvernement espagnol mobilise l’armée
Face à l’ampleur de la crise, le gouvernement espagnol a décidé en soirée de mobiliser des unités de l’armée en appui à la Guardia Civil, déployée aux contrôles frontaliers avec le Maroc. Le président du gouvernement, Pedro Sánchez, doit se rendre vendredi à Sebta, accompagné du ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, pour constater la situation sur le terrain. Le président de la ville autonome, Juan Jesus Vivas, a réitéré sa demande de traiter la situation comme une « urgence nationale », avertissant que « si l’on n’intervient pas avec fermeté, dans un mois nous nous retrouverons dans la situation de mai 2021 ».
La réaction de l’Union européenne
Une porte-parole de la Commission européenne a déclaré que l’exécutif européen « soutient l’Espagne sur le plan opérationnel et financier, y compris à Sebta », se disant prêt à offrir un soutien supplémentaire, notamment via l’agence Frontex. Elle a précisé que le commissaire Magnus Brunner restait en contact avec Fernando Grande-Marlaska sur ce dossier, tout en saluant la coopération étroite entre le Maroc et l’Espagne pour assurer le retour rapide des personnes entrées illégalement dans l’enclave.
