L’ombre de Rachid Kassim au procès de l’étudiant rêvant d’infiltrer les milieux islamistes

L’ombre de Rachid Kassim, recruteur français pour le groupe Etat islamique, a plané jeudi sur le procès d’un étudiant jugé à Paris pour s’être approché d’un peu trop près de jihadistes qu’il disait vouloir étudier dans le cadre d’un travail universitaire.

“En juillet/août (2016, ndlr), Rachid Kassim était à la recherche de n’importe quel profil susceptible de passer à l’acte”, a indiqué un commandant de police, témoignant anonymement par visioconférence au deuxième jour de ce procès devant la cour d’assises spéciale.

Instigateur présumé des attentats de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) et Magnanville (Yvelines), Rachid Kassim, considéré comme mort aujourd’hui, avait personnellement rejoint le groupe Telegram créé en juillet 2016 par l’étudiant en anthropologie de 26 ans, qui comparaît libre jusqu’à vendredi pour “association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme”.

“J’ai eu extrêmement peur” en découvrant que celui qui se faisait appeler Ibn Kassim dans le groupe était en réalité Rachid Kassim, a affirmé l’étudiant qui a décrit l’ancien recruteur de l’EI comme un “sociopathe”.

Originaire de Roanne (Loire), Rachid Kassim a longtemps été présenté comme “l’ennemi numéro un” de la France.

“Je hais le terrorisme”, s’est défendu le jeune accusé, reconnaissant qu’au cours de son “étude” sur les milieux jihadistes il s’était mis à la marge de la légalité. “Mais j’étais captivé par ce que je faisais”, s’est-il justifié, expliquant son “exaltation” par des “troubles bipolaires” qui viennent de lui être diagnostiquées.

Sous le pseudonyme d’Abou Jaafar, l’étudiant breton utilisait son groupe de discussion pour relayer la propagande de l’EI, se faisant passer pour un candidat au jihad ou invitant ses interlocuteurs à se rendre en Syrie.

Outre Rachid Kassim, cinq autres personnes avaient rejoint le groupe fondé par l’étudiant dont un jeune Polynésien de 24 ans, qui considérait que “la France est en guerre contre les musulmans” et qui comparaît, détenu, aux côtés de l’étudiant breton.

Les autres membres du groupe n’ont pas été formellement identifiés par les enquêteurs.

Prénommé Erwin, l’étudiant spécialisé dans l’étude de la préhistoire a expliqué qu’il avait créé ce compte Telegram pour étudier le milieu jihadiste dans le cadre d’un travail universitaire, qu’il était “horrifié” par la propagande islamiste et qu’il n’avait jamais eu l’intention de passer à l’acte.

“Je suis très dubitatif” sur les intentions manifestées par le jeune homme, a estimé un enquêteur cité comme témoin en soulignant que l’étudiant avait pris soin “d’effacer toutes les données” de ses ordinateurs quand il a appris que la police enquêtait à son sujet. “Il prétend faire un travail de recherche mais nous n’avons trouvé aucune prise de note”, a-t-il mis en avant.

Un autre enquêteur, cité comme témoin, a affirmé qu’à la fin de la garde à vue du jeune homme (en septembre 2016) il ne savait pas s’il “était acquis à la cause de l’islam radical ou pas”.

Alors que le jeune homme affirme avoir contacté de son propre chef la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), le premier témoin a ironisé: “Il n’avait rien à nous offrir”.

William Bourdon, avocat d’Erwin, a contesté cette opinion affirmant que son client avait partagé “un certain nombre d’infos précises” avec les enquêteurs. “Certes pas toujours exploitables”, a-t-il concédé.

Lors de son interpellation, l’étudiant a signalé aux enquêteurs un des membres de son groupe prêt selon lui à passer à l’acte. Mais cette personne, non identifiée, n’était ni son co-accusé ni Rachid Kassim.

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