L’échec des indépendantistes au Kurdistan et en Catalogne affirme l’efficacité de “l’autonomie”

Par Abdellah Boussouf, SG du CCME*

Alors que le Royaume célèbre ce 6 novembre 2017 le 42e anniversaire de la Marche verte qui a libéré les provinces sahraouies du protectorat espagnol, nous gardons en mémoire les énormes sacrifices consentis par le Maroc pour défendre son intégrité territoriale et nous nous interrogeons sur l’obstination morbide des ennemis de la souveraineté nationale à chercher encore et encore à porter atteinte à notre droit inaliénable par des manœuvres misérables et des moyens déloyaux et grossiers.

Cette célébration est également l’occasion de saluer la lutte acharnée des Marocains du monde en faveur de la souveraineté nationale dans les différentes instances européennes et devant les sièges des institutions gouvernementales en Europe et dans le monde.

Cette année, un vent de nouveauté souffle sur la commémoration de la Marche verte puisqu’elle intervient après l’échec de deux tentatives d’indépendance à l’international, à savoir le référendum des Kurdes irakiens le 25 septembre et celui de la Catalogne le 1er octobre 2017.

Le cas de la Catalogne nous interpelle par la proximité géographique et par les facteurs historique et économique que nous avons en commun avec l’Espagne. Nous avons tous été témoins de l’issue des évènements en Catalogne : suspensions suite aux dispositions juridiques, poursuites judiciaires contre le gouvernement du séparatiste catalan Carles Puigdemont et sa cohorte de « vendeurs de l’illusion » et leur fuite aveugle à Bruxelles à la demande d’une protection internationale. Une manière d’ailleurs « peu courageuse » de faire face à ce qu’ils ont provoqué.

Dans l’attente du verdict de la justice espagnole, la légèreté de Puigdemont et le non-respect des dispositions de la Constitution espagnole de 1978 coûteront cher à la Catalogne, que ce soit sur le plan économique avec la fuite des capitaux et investissements vers d’autres régions qui a concerné près de 1000 entreprises et les plus grandes banques espagnoles, ou sur le plan social, avec toutes les répercussions que vont subir la classe moyenne et les immigrés dans la région, ainsi que sur le plan politique, notamment au niveau des partis et de la société civile. Madrid a repris le contrôle de la Catalogne en attendant les élections anticipées le 21 décembre 2017.

Quant au référendum au Kurdistan en Irak du 25 septembre, il s’agit de la huitième tentative pour l’indépendance de l’histoire du Kurdistan et constitue un rêve à conserver dans « la mémoire collective » des 30 ou 35 millions de Kurdes dispersés en Irak, en Iran, en Turquie et en Syrie.

Si les raisons de Messoud Barzani et de Carles Puigdemont d’inciter à un référendum indépendantiste sont différentes, les deux ont cependant récolté les mêmes réactions de la communauté internationale qui a refusé la création de « micro-nations » et signé la « mort politique » de Barazani et Puigdemont, l’un démissionnaire de la présidence kurde et l’autre faisant l’objet d’un mandat d’arrêt européen.

Les deux projets indépendantistes, opposant Madrid à Barcelone et Baghdad à Erbil, ont été avortés à cause de leur caractère inconstitutionnel. Mais le plus dangereux est que Puigdemont et Barzani jouent sur la corde de la mémoire collective, alors que la finance, l’argent et les ambitions politiques personnelles sont ce qui motive réellement ces leaders politiques à nourrit leurs ambitions.

La majorité des Irakiens a pourtant voté pour la Constitution de 2005 qui a consacré le partage des pouvoirs et reconnu l’autonomie du Kurdistan regroupant trois provinces et ayant le droit de constituer une armée et d’exploiter ses ressources naturelles.

Après ces évolutions politiques, le Kurde Jalal Talabani accède à la présidence de la république d’Irak entre 2005 et 2014, tandis que Messoud Barzani à la tête du Kurdistan à partir de 2005 y sera exceptionnellement reconduit jusqu’en 2015.

Le référendum de Barzani du 25 septembre avait pour motifs -selon plusieurs analystes- les allégations de corruption et d’exploiter les revenus du pétrole à l’égard de son administration ainsi que l’opposition féroce à l’intérieur du Kurdistan, que ce soit de la part du parti de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) et de son leader Jalal Talabni, mort subitement avant le référendum de septembre 2017, ou de la part du parti Goran conduit par Mustafa Nawshirwan ; ce qui explique d’ailleurs le vote du Parlement kurde en faveur la démission de Messoud Barzani par 70 voix contre 30, alors que le Parti démocratique du Kurdistan (parti de Barzani) est majoritaire. Selon les observateurs avertis, Barzani cherchait une manière d’exporter la crise économique sans précédent sur le compte de la mémoire collective kurde et de s’emparer du pouvoir afin de renforcer sa position dans les négociations avec Baghdad pour plus d’avantages, notamment économiques, pour la région du Kurdistan.

Les calculs de Puigdemont, comme ceux de Messoud Barzani, n’ont servi à rien auprès des forces mondiales, ni d’ailleurs la participation des Peshmerga kurdes aux côtés de l’armée irakienne et des Etats-Unis dans leur guerre contre le terrorisme et contre « Daech », plus précisément, depuis 2014 à Mossoul ou à Kirkouk, n’ont servi à renforcer leur position, au contraire, les Etats-Unis et les grandes forces s’y sont très vite opposés. La région du Kurdistan a en plus été isolée par Baghdad, par l’Iran et la Turquie qui craignaient « l’effet domino », puisque les kurdes se comptent par millions dans ces pays.

Après le référendum du 25 septembre, le Kurdistan de Messoud Barzani a perdu ses alliés traditionnels et perdu les régions au-delà des frontières de la Constitution de 2005, surtout la région de Kirkouk, riche en pétrole et rattachée au Kurdistan lors de sa guerre contre « Daech » en 2014 et dont la production quotidienne atteint les 450.000 barils et les réserves entre 15 et 20 milliards de barils. Baghdad a également limogé le gouverneur kurde de la province de Kirkouk et poussé, à peine trois semaines après, l’armée des Peshmerga dans les frontières de 2005.
Le décès de Jalal Talabani et la démission de Messoud Barzani auront sans doute pour conséquence un énorme vide sur les plans politique et organisationnel et au niveau de la coordination avec Baghdad, laissant place à des conflits sans fin pour le pouvoir entre les partis kurdes.

Les manœuvres des leaders indépendantistes ont coûté cher au Kurdistan et à la Catalogne, ils ont déclaré leur faillite politique et perturbé des systèmes sociaux et politiques arbitrés par des Constitutions votées par leurs peuples et dont l’objectif est de réaliser la stabilité et la paix sociale.

C’est pour cela qu’en commémorant la Marche verte ce 6 novembre, 2017, nous devons évoquer son rôle dans l’unité de tous les Marocains, dans leur diversité culturelle et linguistique. Nous devons nous rappeler que lorsque l’on dit que « le Maroc restera dans son Sahara, et le Sahara demeurera dans son Maroc », ce n’est pas pour la consommation médiatique ou pour chatouiller les sentiments patriotiques, mais c’est parce que cette expression illustre bien l’implication des provinces du sud dans le processus de développement du Royaume à travers le découpage territorial et la régionalisation avancée (régions 11 et 12) ; à travers leurs représentants dans le Parlement marocain, dans les chambres professionnelles et de l’industrie, dans les syndicats d’ouvriers, les associations des droits de l’Homme et de la société civile, dans les médias ou dans les équipes sportives ; à travers les investissements par milliards entrepris dans les secteurs économique, sociale et de l’infrastructure dans les provinces du sud qui ont touché tous les aspects de la vie citoyenne, malgré toutes les difficultés rencontrées et la surenchère politique, intellectuelle et sociale.

Enfin, nous devons rappeler que lorsque l’ont dit que « l’Initiative d’autonomie est le maximum que le Maroc puisse offrir », ce n’est par orgueil ni par fanatisme ou encore par mépris, mais c’est parce que le système d’ « autonomie » est le dernier fruit de la pensée politique et des démocraties mondiales en ce qui concerne la gestion territoriale.

C’est pour cela que les tentatives de Carles Püigdemont en Catalogne et de Messoud Barzani au Kurdistan d’Irak ont été réduites à l’échec, car l’autonomie est le seuil qui garantit d’une part les spécificités des régions et d’autre part, le respect de la souveraineté nationale et territoriale de pays concernés.

*Secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger

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