Joyeux Ramadan J-14 : “Mais KESS KE JE DOIS FAIRE ?”.

– Par Narjis Rerhaye –

C’est un vrai casse-tête qui se pose à ta cousine la communicante qui ne t’a jamais habitué aux questions existentielles. Ce n’est pas le genre de la maison. Si jusque-là son petit monde ne dépassait pas les frontières de Casa, elle a fait depuis quelques semaines un grand saut dans le vide. Son monde vient en effet de s’étendre à Al Hoceima où elle soutient comme chacun le sait dans ta famille le hirak. Ce qui n’est pas pour mécontenter ton oncle qui préfère encore cela que de voir sa fille frappée de fièvre acheteuse aussi frénétique qu’incontrôlée.

En ce 14ème jour de Ramadan, ta cousine est face à un vrai dilemme. Et elle le partage avec toi. « Tu sais qu’il y a un appel pour l’organisation d’une marche nationale de soutien au Hirak d’Al Hoceima. Une marche contre la hogra qui doit avoir lieu à Rabat. Et ce sont deux extrêmes qui appellent à la mobilisation : les islamistes de la secte Al Adl wa Al Ihssane et les militants de la fédération de la gauche démocratique. Comment je fais moi ? Je suis allergique à ces barbus adlistes qui ne croient à rien ».

Tu n’as rien demandé à ta cousine. Tu ne te poses jamais ce genre de question avant la rupture du jeûne. Ton hirak, tu l’as déjà dans ta tête pour cause de déficit en matière de nicotine et de caféine, et la voici qui te met face à ce qui est son dilemme à ELLE. Elle poursuit de plus belle, la com‘ l’a rendue tellement bavarde. « Si je marche dimanche cela veut dire que je suis une disciple des adlistes. Si je ne marche pas, je trahis mes amis gauchistes. Mais KESS KE JE DOIS FAIRE ? ». Sa voix part tout d’un coup dans les aigus, ce qui chez ta cousine traduit une profonde détresse. Jamais tu n’aurais imaginé une seule seconde que ta cousine, celle qui est toujours « sapée comme jamais » et dont les phrases finissent toujours par « anyway », aurait un tel cas de conscience lié à une marche nationale de soutien à Al Hoceima. Marche-je ? Ne marche-je pas ? Encore plus puissant que Shakespeare et son « to be or not to be ».

Le soir venu, ta communicante de cousine est à Rabat avec toutes ces questions. Elle te rejoint à cette maison d’hôtes avec vue imprenable sur le plateau d’El Menzeh. la jet set r’batie en a fait « the place to be ». Toi, tu veux juste profiter de l’after f’tour, loin des clameurs du hirak. « Tu as entendu à la radio ce dirigeant du PAM qui propose le SMIG à tous les jeunes Marocains. Ce n’est pas l’aumône qui va lui rendre sa dignité à la jeunesse. » Sur la terrasse qui surplombe El Menzeh, tu ne veux penser à rien. Ni au SMIG, ni à la marche de dimanche, ni aux extrêmes qui se rejoignent. C’est vendredi soir. C’est la veille d’un week-end où tu as déjà programmé de ne rien programmer.

Ce soir, c’est surtout la nuit de la moitié, Lilat An nass, et ta mère a prévu une r’fissa au poulet beldi. Ton ventre, ton deuxième cerveau, t’interdit de réfléchir aux colles de ta communicante de cousine.

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