Affaire Fakir : l’autopsie révèle des « infiltrations hémorragiques au dos », l’enquête se poursuit

Les premiers résultats de l’autopsie d’Abderrahim Fakir, mort le 19 juillet lors de son interpellation à Bologne, relancent la controverse en Italie, alors que des analyses complémentaires restent nécessaires pour établir les causes exactes du décès.

« Poumons pleins de sang », selon l’avocat de la famille

« Poumons pleins de sang », « infiltrations hémorragiques au dos », « un tableau clair d’asphyxie mécanique violente par compression dorsale »… C’est ainsi que l’avocat de la famille décrit les premiers résultats de l’autopsie, qui ravivent la polémique en Italie. D’autres analyses restent nécessaires pour établir les causes du décès de ce Marocain de 42 ans, plaqué, le 19 juillet, au sol par deux policiers.

Abderrahim Fakir avait « les poumons pleins de sang » et présentait, sur le dos, « de vastes zones d’infiltration hémorragique par compression ». C’est ce qu’affirme Fabio Anselmo, avocat de la famille de ce Marocain de 42 ans mort le 19 juillet lors de son interpellation dans le quartier du Pilastro à Bologne, citant les conclusions transmises par le professeur Vittorio Fineschi, consultant mandaté par les proches du défunt. Pour l’avocat, ce tableau correspond à une « asphyxie mécanique violente par compression dorsale ».

Une intervention gouvernementale dénoncée par l’avocat de la famille

Fabio Anselmo dénonce par ailleurs l’intervention du gouvernement dans ce dossier, qu’il juge de nature à exposer les agents concernés « aux effets délétères de sa propagande ». Il rappelle que l’exécutif italien a déjà été condamné par la Cour européenne des droits de l’Homme pour la mort de Riccardo Magherini, survenue à Florence dans des circonstances qu’il qualifie de « tout à fait similaires », une condamnation confirmée en appel par la Haute Cour.

Des examens complémentaires encore attendus

Selon l’agence de presse italienne, « ce fut un examen très complexe ». Il faut ainsi « attendre les résultats des analyses complémentaires ». C’est pourquoi « les vérifications se poursuivront dans les prochains jours, et beaucoup, pour éclaircir cette affaire, dépendra aussi des examens histologiques et toxicologiques ».

Un dossier classé en « pseudo-signalement d’infraction », selon l’avocat

Fabio Anselmo affirme, de son côté, que le chemin vers la justice est aujourd’hui « encore plus difficile » qu’à l’époque de l’affaire Magherini. D’après lui, le dossier ouvert par le parquet de Bologne relève d’une nouvelle catégorie créée par une loi récente du gouvernement, celle des « pseudo-signalements d’infraction ». Détaillant la classification en vigueur, l’avocat explique que le modèle 21 correspond à un avis d’infraction où l’auteur est identifié, le modèle 44 à une enquête menée contre X, et le modèle 45 aux avis qui ne sont même pas considérés comme des infractions. Le dossier Fakir relèverait, selon lui, d’une variante de ce dernier modèle, le 45 bis, réservée aux cas où une cause justificative écarterait d’emblée toute qualification pénale.

« Nous assistons à une pseudo-enquête pour une pseudo-mort survenue lors d’une interpellation », résume-t-il, avant de reprocher au Premier ministre et à plusieurs ministres de rendre des jugements qui ne devraient revenir qu’aux magistrats, allant, selon lui, jusqu’à « défiler » au commissariat de Bologne chargé de l’enquête.

Un rendez-vous psychiatrique établi quelques semaines avant les faits

Parallèlement à ces investigations médico-légales, l’enquête s’oriente aussi vers le passé récent d’Abderrahim Fakir, afin de comprendre pourquoi il se trouvait, dimanche matin, au Pilastro dans un état de confusion apparent, selon l’agence de presse italienne. Un élément est désormais établi : le 20 juin, le quadragénaire s’était présenté aux urgences de l’hôpital Maggiore de Bologne pour un problème d’ordre psychiatrique, avant d’être orienté vers le centre de santé mentale de la ville, où il s’était rendu dans les jours suivants. Un premier diagnostic avait été posé et un traitement confirmé. Un second rendez-vous lui avait été fixé pour les premiers jours du mois d’août, afin de poursuivre le suivi.

Des « procédures de mort » dénoncées au Sénat italien

Ces nouveaux éléments interviennent après une conférence de presse tenue au Sénat italien, au cours de laquelle plusieurs voix s’étaient déjà exprimées sur cette affaire. La sénatrice Ilaria Cucchi, dont le frère Stefano est mort en détention en 2009, avait dressé un parallèle entre les vidéos de Riccardo Magherini et celles d’Abderrahim Fakir, tournées à douze ans d’intervalle dans des situations qu’elle jugeait « tout à fait analogues », rappelant que l’Italie avait été condamnée par la CEDH en janvier 2026 pour l’absence persistante d’un protocole encadrant les interpellations.

Fabio Anselmo avait déjà, à cette occasion, comparé le dossier aux affaires Federico Aldrovandi et Stefano Cucchi, qu’il avait également suivies, qualifiant les procédures existantes de « procédures de mort ». La nièce de la victime, Yousra Fakir, était intervenue en visioconférence pour se dissocier des débordements survenus après l’intervention policière et réclamer, au nom de la famille, vérité et respect de la mémoire de son oncle.

Rabat exige une enquête exhaustive

Du côté marocain, le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger a indiqué suivre avec préoccupation les événements et les faits ayant conduit au décès de son ressortissant. Dans son communiqué, le ministère précise que les autorités marocaines ont demandé aux autorités italiennes compétentes de procéder promptement à une enquête exhaustive pour faire toute la lumière sur les circonstances entourant ce décès, et de fournir les éclaircissements nécessaires sur ce drame. Elles ont également exigé que les responsabilités soient établies et que soit garantie la pleine application des mesures et procédures légales requises. Le ministère souligne que les autorités marocaines continueront à suivre de très près ce dossier, des instructions fermes ayant été données en ce sens à l’ambassade et au consulat général concernés.

L’ambassadeur d’Italie reçu par l’épouse du défunt

De son côté, l’ambassade d’Italie au Maroc a annoncé que, à la demande du ministre italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Antonio Tajani, l’ambassadeur d’Italie au Royaume du Maroc, Pasquale Salzano, et le consul général d’Italie à Casablanca ont rencontré l’épouse d’Abderrahim Fakir. Au nom du gouvernement italien, les deux diplomates ont présenté leurs condoléances à l’épouse du défunt et lui ont exprimé leur profonde proximité avec la famille, réaffirmant la pleine disponibilité de l’ambassade et du consulat général pour l’accompagner dans les prochaines étapes de cette épreuve.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. J'accepte Lire la suite