Crash d’un avion militaire en Colombie : le bilan s’élève à 68 morts et soulève des questions sur l’état des équipements militaires
Le bilan du crash d’un avion militaire de l’armée de l’air colombienne, survenu lundi dans le sud du pays, s’est alourdi à 68 morts après la découverte de deux nouveaux corps, ont annoncé mardi les autorités locales, alors que le pays s’interroge sur l’état de ses équipements militaires et les responsabilités politiques.
L’appareil, un Hércules C130, transportait 128 personnes (militaires, membres des forces aérospatiales et policiers) lorsqu’il s’est écrasé peu après son décollage avant de prendre feu dans une zone reculée de la jungle amazonienne, compliquant considérablement les opérations de secours.
Le bilan initial faisait état de 66 morts, 57 blessés, quatre disparus et un survivant. Les autorités ont souligné que ces chiffres restent susceptibles d’évoluer au fur et à mesure des recherches et des opérations d’identification des victimes.
Les secours, appuyés par les forces armées et des organisations humanitaires, poursuivent leurs opérations dans cette région difficile d’accès, tandis que les blessés ont été évacués vers Bogota et d’autres villes en raison des capacités hospitalières limitées sur place. Parallèlement, une enquête technique a été ouverte pour déterminer les causes de l’accident. Les Forces aérospatiales colombiennes ont d’ores et déjà écarté l’hypothèse d’une attaque de groupes armés, notamment des dissidences des FARC actives dans la région.
Mais au-delà des circonstances techniques, le drame a rapidement pris une dimension politique, alimentant un vif échange entre le président Gustavo Petro et son prédécesseur Ivan Duque sur l’état du matériel militaire. Le chef de l’État a qualifié l’avion accidenté de « ferraille », pointant du doigt l’administration précédente et dénonçant des acquisitions d’équipements obsolètes entachées, selon lui, de pratiques de corruption. « Un pays ne peut pas se défendre avec de la ferraille », a-t-il déclaré, appelant à faire toute la lumière sur les conditions d’acquisition de l’appareil. Le président a également évoqué la nécessité de réviser les politiques d’armement, estimant que les soldats colombiens ne devraient pas être exposés à des équipements vétustes. Il a annoncé vouloir saisir les instances compétentes en matière de politique budgétaire et d’investissements publics afin d’examiner les achats militaires.
Ces accusations ont été vivement rejetées par l’ancien président Ivan Duque, qui a dénoncé une « politisation » de la tragédie et défendu la gestion de son gouvernement. Il a affirmé que l’appareil avait fait l’objet d’une maintenance rigoureuse en 2021 et qu’il restait opérationnel, rappelant par ailleurs que ce type d’avion est utilisé par de nombreux pays. Duque a également précisé que l’appareil avait été fourni dans le cadre de la coopération avec les États-Unis et non acquis directement par son administration, appelant à une enquête technique approfondie plutôt qu’à des accusations politiques.
Entré en service en 1983, l’avion avait été intégré à la flotte colombienne en 2020 après plusieurs décennies d’utilisation, un élément qui alimente aujourd’hui les interrogations sur le vieillissement des équipements militaires et les conditions de leur modernisation. Face à l’ampleur du drame, le ministère de la Défense a annoncé l’ouverture d’une enquête « rigoureuse, transparente et rapide » afin d’établir les causes exactes de l’accident et d’éviter que de telles tragédies ne se reproduisent.
Ce crash, l’un des plus meurtriers impliquant l’armée colombienne ces dernières années, a suscité une vive émotion dans le pays, où la question de la sécurité des forces et de la modernisation des équipements militaires s’impose désormais au cœur du débat public.
