Pétrole/coronavirus: l’Opep et les marchés suspendus au soutien russe

L’Opep espère convaincre vendredi à Vienne son allié russe de baisser encore drastiquement la production de pétrole, dans l’espoir d’enrayer la chute des cours accentuée par l’épidémie du coronavirus, sans garantie ni d’accord, ni de résultat.

Jeudi en début d’après-midi, le cartel a décidé de proposer à Moscou et à ses neuf autres partenaires une coupe supplémentaire commune de 1,5 million de barils par jour jusqu’à fin juin, afin de ne pas laisser l’épidémie ruiner les douloureux efforts consentis depuis 2017 pour maintenir à flot les cours du brut dans un marché où l’offre est excédentaire.

En fin de soirée, il a annoncé par communiqué vouloir proposer d’étendre cette limitation jusqu’à la fin de l’année 2020.

Il y a bientôt quatre ans, l’alliance connue sous le nom d’Opep+, qui compte à l’heure actuelle 23 pays, s’est engagée à observer de stricts quotas de production pour soutenir les prix de l’or noir.

Dans un premier temps, elle a retiré du marché 1,2 million de barils par jour. En décembre, elle a accru cette réduction de 500.000 barils tandis que l’Arabie saoudite en retirait, à titre individuel, 400.000 de plus.

Mais un nouvel ajustement sévère semble encore nécessaire: les revenus pétroliers souffrent notamment du ralentissement rapide imposé par l’épidémie de Covid-19 à l’économie de la Chine, premier importateur mondial d’or noir.

“Si elle est courageuse, ambitieuse et nécessaire, cette réduction supplémentaire pourrait cependant ne pas se révéler suffisante”, a d’emblée réagi jeudi Tamas Varga, analyste de PVM, interrogé par l’AFP.

– Convaincre la Russie –

“C’est un moment critique pour l’Opep+”, a estimé Craig Erlam, de Oanda, car le remède choc consistant à presque doubler les réductions collectives en vigueur se heurte aux réticences de la Russie, deuxième pays producteur mondial de brut derrière les Etats-Unis, qui pompent à un niveau record, et devant l’Arabie saoudite.

Pour tenter de convaincre ses alliés, l’Opep a décidé jeudi de leur demander de ne prendre à leur charge qu’un tiers de l’ensemble des nouvelles coupes, soit 500.000 barils par jour.

Or la veille, Moscou n’envisageait aucune nouvelle réduction et voulait simplement prolonger l’accord en vigueur, selon l’agence publique RIA Novosti. La Russie a basé ses prévisions budgétaires sur un baril à 42,4 dollars et répète se satisfaire des prix actuels, qui naviguent cette semaine autour des 50 dollars.

Pour les majors russes du pétrole, tout baril retiré du marché implique une baisse des rentrées financières et le risque de céder des parts de marché aux Etats-Unis, qui inondent la planète de leur pétrole de schiste.

Moscou “ressemble de plus en plus à un concurrent interne” au cartel, ont observé les analystes de Kpler, et son influence “fait de l’ombre à celle de Riyad” sur les marchés.

Si la Russie “finira probablement par capituler” vendredi, elle fera tout son possible pour faire traîner les choses jusqu’au dernier moment afin d’obtenir la plus petite part possible” des nouvelles coupes, a ajouté M. Erlam.

– Précautions sanitaires –

Au-delà des divergences sur le fond, l’épidémie chamboule aussi les habitudes des ministres et délégués des membres du cartel présents cette semaine à Vienne.

Jeudi, un médecin s’est adressé aux délégations pour leur rappeler de “limiter les poignées de mains” et de se signaler auprès de l’équipe médicale “en cas de toux ou de fièvre”. L’Autriche a déclaré 41 cas d’infection au nouveau coronavirus.

Mohammed Barkindo, le secrétaire général nigérian de l’Opep et Alexandre Novak, le ministre russe de l’Energie, se sont même essayés mercredi au “footshake”, une façon de se saluer d’un léger coup de pied, selon une vidéo mise en ligne par l’Organisation.

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