Le chef de la diplomatie turque accuse Israël de vouloir déstabiliser la Syrie

En visite à Damas, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a accusé Israël de chercher à déstabiliser la Syrie, son homologue syrien Assaad al-Chaibani réaffirmant l’attachement de Damas à une solution diplomatique malgré une frappe israélienne récente contre une base aérienne syrienne.

Une accusation turque directe visant Israël

Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, en visite dimanche 13 septembre en Syrie, a accusé Israël de chercher à « déstabiliser » le pays, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue syrien, Assaad al-Chaibani. Il a déclaré : « Au moment où la Syrie porte tant d’espoir pour la région et le monde, voilà qu’un acteur s’emploie à déstabiliser le pays. Vous connaissez le nom de cet acteur: Israël », ajoutant que « les politiques menées par Israël sont l’obstacle le plus sérieux à cette trajectoire positive ». Il a illustré son propos en évoquant la frappe menée contre la base aérienne militaire d’Abou Dhouhour, affirmant qu’il relevait du « droit souverain de la Syrie d’assurer la sécurité sur son propre territoire ».

Le contexte de la frappe sur Abou Dhouhour

Ces déclarations interviennent près d’un mois après des frappes israéliennes ayant mis hors service, le 18 août, la base aérienne d’Abou Dhouhour, dans le nord-ouest syrien, alors en cours de réfection. Israël avait invoqué une tentative turque de s’y installer militairement, d’après une délégation turque qui s’y serait rendue dans le cadre d’efforts pour remettre l’aéroport en service, mais Ankara avait démenti tout projet de déploiement de troupes, assurant que son soutien à Damas se limitait à des instructeurs envoyés avec l’accord des autorités syriennes.

Un « sabotage » dénoncé côté syrien

De son côté, Assaad al-Chaibani a estimé que l’attaque contre la base d’Abou Dhouhour renvoyait « un message de sabotage du processus d’édification de l’État syrien », affirmant que cette frappe n’avait « aucune justification légitime ni légale » et n’aurait « certainement aucun impact sur les relations syro-turques », qu’il a qualifiées d’« optimales ». Israël a mené des centaines de frappes contre la Syrie depuis le renversement, en décembre 2024, du président Bachar al-Assad par une coalition de groupes islamistes, visant notamment des infrastructures militaires, et a déployé des troupes dans la zone tampon placée sous surveillance de l’ONU, à la lisière du plateau du Golan qu’il occupe depuis 1967 et qu’il a annexé en 1981.

Une visite de Netanyahou jugée provocatrice

Mercredi, la Syrie s’était également insurgée contre la présence sur son sol du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, venu rencontrer des soldats israéliens déployés sur le versant syrien du mont Hermon, à proximité de la frontière commune, une démarche perçue par Damas comme une « provocation » et une « violation flagrante » de sa souveraineté. Assaad al-Chaibani avait pourtant rencontré le 23 août en Jordanie le chef du Mossad pour tenter de désamorcer la tension, et a réaffirmé dimanche la demande « constante et ferme » de son pays pour un retrait israélien, ainsi que le choix de la diplomatie, ayant selon lui « profondément conscience du coût des guerres ».

Un rapprochement stratégique entre Ankara et Damas

La Turquie, dont les relations sont exécrables avec Israël depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023, est un allié clé des nouvelles autorités syriennes. Les deux pays disent vouloir coopérer dans les secteurs de l’énergie et du commerce et s’orientent vers un « document stratégique global », selon le ministre syrien. Hakan Fidan a par ailleurs annoncé une visite prochaine en Syrie du président turc, Recep Tayyip Erdogan, sans toutefois qu’une date n’ait été fixée.

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