Bank Al-Maghrib : le message de Jouahri sur la nouvelle équation économique marocaine

En maintenant son taux directeur à 2,25 % le 17 mars 2026, Bank Al-Maghrib n’a pas seulement confirmé une orientation monétaire. Elle a aussi livré une lecture structurée de l’économie marocaine : inflation contenue, croissance mieux orientée, mais vulnérabilités externes et tensions de financement toujours présentes.

Nouvelle équation économique marocaine

L’intervention du Wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, doit être lue au-delà du seul registre monétaire. En maintenant, lors de sa réunion du 17 mars 2026, le taux directeur à 2,25 %, la banque centrale n’a pas seulement confirmé une décision technique ; elle a fixé un cadre de lecture de la conjoncture marocaine : inflation maîtrisée, croissance mieux orientée, mais environnement international suffisamment instable pour imposer une prudence sans relâche.

Le premier message est celui de la vigilance. Dans son communiqué, Bank Al-Maghrib souligne que les développements récents au Moyen-Orient viennent accroître une incertitude déjà forte, dans un contexte encore marqué par la guerre en Ukraine et par les tensions liées à la politique commerciale américaine. Le propos est important : la banque centrale rappelle que l’amélioration relative des équilibres internes ne met pas l’économie marocaine à l’abri des chocs externes. Elle réinscrit ainsi la trajectoire nationale dans une géographie plus large de l’instabilité mondiale.

Inflation au Maroc : pourquoi Bank Al-Maghrib maintient son taux directeur

Le deuxième message concerne les prix. Bank Al-Maghrib anticipe une inflation de 0,8 % en 2026 puis de 1,4 % en 2027. Dans le même temps, ses données publiées pour février 2026 montrent une inflation annuelle de -0,6 %, avec une inflation sous-jacente stabilisée à -1,5 %. Ce décalage entre projection de moyen terme et photographie immédiate explique la logique du Conseil : il n’y avait ni emballement inflationniste justifiant un resserrement, ni signal suffisamment fort pour un nouvel assouplissement. Le maintien du taux apparaît donc comme un arbitrage de calibration, non comme un statu quo passif.

Amélioration réelle, mais pas encore de consolidation

Le troisième message porte sur l’activité. Bank Al-Maghrib projette une croissance de 5,6 % en 2026 après 4,8 % en 2025, soutenue par un rebond agricole et par une progression continue des activités non agricoles. Mais l’intérêt du discours est précisément de ne pas transformer cette amélioration en récit de confort. La banque centrale admet une conjoncture mieux orientée, tout en rappelant que la question décisive n’est pas la reprise en elle-même, mais sa capacité à produire des gains durables en productivité, en investissement et en robustesse structurelle.¹²

Compte courant, liquidité, crédit : les vraies zones de tension

C’est ici que le discours devient véritablement stratégique. Derrière les indicateurs plus favorables, Bank Al-Maghrib met en avant plusieurs zones de tension : un déficit du compte courant qui passerait de 2,3 % du PIB en 2025 à 3,1 % en 2026, notamment sous l’effet d’un renchérissement attendu de la facture énergétique ; un besoin de liquidité bancaire appelé à se creuser pour atteindre 169,4 milliards de dirhams en 2027 ; et un crédit au secteur non financier qui progresserait à 6 % en 2026. La leçon est claire : l’économie marocaine tient, mais elle avance dans un cadre où les équilibres extérieurs, la transmission financière et la qualité du financement restent des points de vigilance majeurs.¹²

Le vrai sens du discours de Jouahri

Cette lecture rejoint d’ailleurs, sur le fond, les diagnostics des institutions internationales. Le FMI souligne la résilience de l’économie marocaine malgré les chocs climatiques et extérieurs, tout en insistant sur la nécessité de renforcer les réformes pour soutenir l’investissement, l’emploi et la compétitivité. La Banque mondiale, de son côté, met l’accent sur l’importance de réformes ciblées pour améliorer l’environnement des affaires et consolider la croissance. Le discours de Jouahri s’inscrit dans cette même logique : ne pas confondre résistance conjoncturelle et consolidation structurelle.

Au fond, le Wali de Bank Al-Maghrib ne livre ni un discours d’alarme spectaculaire ni un discours d’autosatisfaction. Il rappelle une règle simple de gouvernement économique : la stabilité monétaire est une condition, non un aboutissement. Le Maroc dispose aujourd’hui d’une fenêtre de consolidation. Mais cette fenêtre ne prendra tout son sens que si elle se traduit par une meilleure allocation du financement, une réduction des vulnérabilités externes et une transformation plus profonde de la base productive. C’est là que commence, au-delà des taux, la véritable question stratégique.

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