À l’occasion de la réunion inaugurale du Conseil de Paix à Washington, le Maroc a exprimé son soutien à l’initiative portée par l’administration Trump pour la reconstruction de Gaza. Une position qui s’inscrit dans une approche articulant stabilisation immédiate et relance d’un processus politique à moyen terme.
Alors que les discussions autour de la reconstruction de Gaza se poursuivent à Washington, le Maroc a officiellement exprimé son soutien à l’initiative portée par Donald Trump, marquant ainsi une évolution notable dans les dynamiques régionales de stabilisation post-conflit.
Intervenant lors de cette réunion, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a souligné que le plan proposé par l’administration américaine avait permis « d’obtenir un cessez-le-feu, de mettre fin à une guerre tragique et de sauver des vies », tout en introduisant « une approche pragmatique et tournée vers l’avenir pour la reconstruction de Gaza ».
Du cessez-le-feu à la reconstruction administrative
Au-delà de l’urgence humanitaire, Rabat insiste désormais sur la nécessité de penser la stabilisation dans une perspective politique de moyen terme. Sur Très Hautes Instructions du Roi Mohammed VI, Président du Comité Al-Qods, le Maroc s’est ainsi déclaré prêt à appuyer les efforts du Conseil de Paix dans plusieurs domaines clés, allant de la sécurité à la santé, en passant par la promotion de la tolérance et de la coexistence.
Ce positionnement traduit une évolution vers une implication régionale dans les phases de stabilisation post-conflit, jusque-là largement pilotées par des dispositifs internationaux. Il témoigne également d’une volonté d’inscrire l’engagement diplomatique dans des mécanismes concrets de reconstruction administrative et institutionnelle.
Cette évolution intervient dans un contexte régional profondément reconfiguré par les Accords d’Abraham, qui ont ouvert de nouveaux canaux de coopération entre Israël et plusieurs partenaires arabes. Dans cette configuration, la phase de stabilisation ne relève plus uniquement de dispositifs internationaux classiques, mais tend à intégrer des relais régionaux susceptibles d’accompagner les processus de transition administrative et de reconstruction institutionnelle.
Une implication régionale dans les phases de stabilisation
L’enjeu, désormais, ne se limite plus à la gestion immédiate du cessez-le-feu, mais à la capacité de transformer cette accalmie sécuritaire en trajectoire politique durable. Car la sécurisation d’un territoire, aussi indispensable soit-elle, ne garantit pas à elle seule la reconstitution d’une autorité civile capable d’exercer ses fonctions administratives et de restaurer les circuits de gouvernance.
Une telle approche repose sur l’hypothèse qu’aucune reconstruction durable ne saurait intervenir en l’absence d’un ancrage politique local, capable d’assurer la continuité des services publics et la légitimité des structures de gouvernance.
Reconstruction matérielle et horizon politique
Comme l’a rappelé Nasser Bourita, la stabilisation et la reconstruction de Gaza doivent permettre « le lancement d’un processus réel de paix », fondé sur des institutions palestiniennes légitimes et sur la base de la solution à deux États. Cette articulation entre reconstruction matérielle et horizon politique constitue l’un des points d’équilibre recherchés par Rabat dans son soutien à l’initiative américaine.
Dans ce contexte, l’implication d’acteurs régionaux pourrait contribuer à éviter les écueils observés dans d’autres opérations de stabilisation internationale, où la sécurisation initiale n’avait pas été suivie d’une structuration politique effective, laissant place à des cycles d’instabilité prolongés.
La séquence ouverte par le plan « Peace to Prosperity » semble ainsi reposer, au moins en partie, sur la capacité de partenaires régionaux à accompagner les phases de transition administrative et de reconstruction institutionnelle. Encore faut-il que cette implication trouve à s’inscrire dans les dispositifs multilatéraux en cours de discussion.
À défaut, la reconstruction de Gaza pourrait rester suspendue à des équilibres sécuritaires sans traduction politique durable.

