Dans un communiqué, M. Türk a averti qu’une intensification des combats dans les prochaines semaines pourrait provoquer de nouveaux déplacements massifs de population, perturber davantage l’acheminement de l’aide humanitaire et étendre les hostilités aux régions centrales et orientales du pays.
Selon les données recueillies par le bureau des droits de l’Homme de l’ONU au Soudan, les frappes de drones ont causé au moins 880 morts civils entre janvier et avril 2026, soit plus de 80 % des décès civils liés au conflit sur cette période.
« Les drones armés sont désormais de très loin la principale cause de mortalité civile », a déclaré Volker Türk, estimant que leur utilisation permettait aux combats de se poursuivre sans relâche à l’approche de la saison des pluies, qui entraînait traditionnellement un ralentissement des opérations terrestres. Il a mis en garde contre une nouvelle phase « encore plus meurtrière » du conflit si aucune mesure n’est prise rapidement par la communauté internationale.
Le Haut-Commissaire a appelé à empêcher les transferts d’armes aux parties au conflit, notamment de drones armés de plus en plus sophistiqués, dénonçant une « banalisation » de cette tactique par les Forces de soutien rapide (RSF) et les Forces armées soudanaises (SAF).
La majorité des victimes civiles recensées lors du premier trimestre a été enregistrée dans la région du Kordofan. Le 8 mai, des frappes de drones sur Al Quz, au Sud-Kordofan, et près d’El Obeid, au Nord-Kordofan, auraient fait 26 morts parmi les civils.
Les infrastructures civiles sont régulièrement touchées, notamment les marchés, visés à au moins 28 reprises, ainsi que les établissements de santé, frappés au moins douze fois en quatre mois, entraînant parfois leur fermeture et privant des populations entières d’accès aux soins. Les dépôts de carburant et les routes d’approvisionnement ont également été pris pour cible ces dernières semaines.
Selon l’ONU, l’usage des drones s’étend désormais au-delà du Darfour et du Kordofan vers les États du Nil Bleu, du Nil Blanc et la capitale Khartoum. Une frappe contre l’aéroport international de Khartoum, le 4 mai, a entraîné la suspension de tous les vols, tandis que plusieurs attaques ciblées ont frappé Khartoum et Omdourman entre le 28 avril et le 5 mai.
M. Türk a estimé que cette recrudescence des violences mettait fin au relatif calme observé ces derniers mois dans la capitale, alors que de nombreux civils y étaient revenus.
Il a également averti qu’une aggravation des combats au Kordofan risquait d’exposer davantage les civils à des attaques de représailles et à de nouveaux déplacements de grande ampleur, notamment dans les villes d’El Obeid et de Dilling, soumises à des conditions proches d’un siège.
Le Haut-Commissaire a enfin souligné que la montée des violences compromettait sérieusement l’aide humanitaire dans un pays confronté à un risque accru de famine et d’insécurité alimentaire aiguë, aggravé selon lui par des retards attendus dans l’approvisionnement en engrais en raison de la crise du Golfe.
Il a appelé les parties au conflit à garantir la protection des civils, leur libre circulation hors des zones de combats et à prévenir les représailles, exécutions sommaires, violences sexuelles, détentions arbitraires et enlèvements.
