Maryam Ramadan défend son père : “Je n’ai jamais observé chez lui la moindre violence”

Maryam Ramadan défend dans “Le Temps” son père accusé de viols par trois femmes et critique un maintien en détention qu’elle juge politique.

Maryam Ramadan, fille aînée de l’islamologue accusé de plusieurs viols, est interviewée par "le Temps", alors que la cour d’appel de Paris doit se prononcer ce mardi sur la demande de libération de Tariq Ramadan.

La jeune femme, qui a deux frères et une sœur, réside habituellement au Qatar, mais venait samedi 19 mai de rendre visite à son père, détenu à l’hôpital carcéral de Fresnes. Elle indique que sa mère et elle lui rendent visite trois fois par semaine.

"Son état de santé se détériore de jour en jour"

Elle décrit Tariq Ramadan, qui souffre depuis 2014 d’une sclérose en plaques, comme très affaibli :

"Lui qui est entré en prison en marchant normalement est maintenant handicapé et doit s’aider d’un déambulateur pour se déplacer. Il a de constants et violents maux de tête, de la peine à se concentrer. Il a des crampes insupportables dans les jambes qui le réveillent la nuit et qui l’empêchent de dormir plus d’une ou deux heures. La prise de nombreux médicaments le laisse vaseux. Son état de santé se détériore de jour en jour."

Maryam Ramadan déplore sa mise à l’isolement complet, "qui s’apparente à une torture psychologique. Chaque fois qu’il va prendre une douche, personne ne doit se trouver dans les couloirs. Pareil pour la promenade. […] On lui rend tout difficile. La plupart des jours, il reste entre 23h30 et 24 heures dans sa cellule. Il devrait avoir au moins une séance quotidienne de kinésithérapie, il n’en a même pas trois par semaine".

La fille de l’islamologue estime qu’il "ne bénéficie pas de la présomption d’innocence : il est dans les faits présumés coupables, alors que ses accusatrices bénéficient d’une présomption de sincérité".

Elle critique "de nombreuses incohérences" des plaignantes françaises, dont elle juge que la justice ne "tient visiblement aucun compte".

Interrogée sur les accusations – quatre plaintes pour viol, trois en France, une en Suisse, et une pour agression sexuelle de la part d’une Américaine – (le quotidien helvète ne rappelle pas les témoignages rapportés par "la Tribune de Genève" de faits prescrits d’abus sexuels d’ex-élèves en Suisse), elle répond que "cela fait 31 ans que je vis avec mon père et je n’ai jamais observé chez lui la moindre violence", n’ayant reçu qu’une unique fessée autrefois. "Les accusations qui le visent reposent sur des allégations sans preuve", assure-t-elle.

"Pourquoi le garder en prison?"

Maryam Ramadan estime que la détention de son père a une dimension politique, "quand on voit le refus opposé début mai par les juges à la demande de libération". "La maison d’arrêt de Fresnes où il est incarcéré n’est pas en mesure d’assurer les soins auxquels était conditionnée sa détention provisoire tels que des séances régulières de kinésithérapie. Donc pourquoi le garder en prison si ce n’est pour des raisons politiques ?"

Elle décrit une jeunesse avec un père "souvent absent" parce que conférencier, mais qui comme enseignant a pu passer toutes les vacances scolaires avec ses enfants. Et la jeune femme explique qu’elle a "entrepris des études de genre, jusqu’à l’obtention d’un master. Je n’en serais pas à défendre mon père, un soi-disant violeur, si je pensais qu’il en était un."

En avril, Tariq Ramadan, qui niait jusqu’alors toute relation sexuelle avec les plaignantes, avait reconnu une "relation" avec l’une d’elles, tout en assurant qu’elle était consentie.

T. N.

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