Algérie : un avenir “des plus énigmatiques”, pour la presse

Après plus d’un mois de contestation, la démission d’Abdelaziz Bouteflika mardi soir a fait entrer l’Algérie dans une phase de transition, qui laisse les éditorialistes partagés entre espoir et inquiétude sur un avenir "des plus énigmatiques".

"La fin d’un règne est acquise. L’avenir reste à inventer, et il est des plus énigmatiques", résume Le Monde qui ajoute que "réprimés, dispersés ou achetés, les mouvements d’opposition ne paraissent pas en mesure de poser les bases d’un processus démocratique et transparent."

"La lutte des pouvoirs fait rage", titre Le Figaro pour lequel "les tensions entre le cercle présidentiel, les ex-services et l’armée rendent la transition incertaine".

Toujours dans Le Figaro, Arnaud de La Grange reconnaît que "des décennies de pesanteur autoritaire et mafieuse n’ont pas favorisé la relève politique" et précise que "l’opposition est faible et divisée". Et de placer "l’espoir" dans le peuple qui a "mené la contestation avec autant de constance que de raison".

Dans L’Humanité, Gaël De Santis liste les demandes exprimées par les Algériens "la lutte contre la corruption, le clientélisme et l’affairisme, la justice sociale" et s’interroge également : "avec quelles forces mener cet immense chantier ?"

"Le mouvement populaire redoute que la contestation du régime s’achève sur une révolution de palais", note Libération.

De son côté, Dominique Garraud dans La Charente Libre voit "Abdelaziz Bouteflika poussé sans ménagement vers une sortie piteuse" et constate que "l’armée se retrouve en première ligne d’une crise algérienne entrant dans une deuxième phase décisive après plus d’un mois de manifestations massives contre un ‘système’ à bout de souffle."

Les hommes à la tête de "l’énigmatique et implacable groupuscule qui exerce le pouvoir dans l’ombre ont certes décidé de sacrifier le vieux chef, ce n’est pas pour autant qu’ils entendent exaucer la rue qui hurle, crie, chante son besoin de liberté et son envie de démocratie", regrette Pascal Coquis des Dernières Nouvelles d’Alsace.

"Ce n’est sans doute qu’une manoeuvre destinée à gagner du temps. Pour que tout change, mais que rien ne bouge. Ou le moins possible", s’inquiète-t-il.

"Le président à roulettes ne sera plus élu dans un fauteuil", s’amuse Jean-Marc Chevauché du Courrier Picard.

"L’armée a fini par le débrancher", assène Patrice Chabanet (Le Journal de la Haute-Marne) qui souligne que "trop d’incertitudes pèsent sur la suite de la pièce qui se joue actuellement."

"Laisser l’organisation des élections à un pilier du système est sans doute le meilleur moyen de maintenir une caste opaque qui durant les 20 années de présidence Bouteflika a placé le pays en coupe réglée", s’inquiète Philippe Bour du Républicain Lorrain.

"Si les Algériens fêtent avec le départ de Bouteflika, "leur deuxième indépendance", "ils ne sont pas dupes et savent que la transition vers une nouvelle république ne sera pas un chemin pavé de roses", estime Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées.

"Le clan Bouteflika, pour l’heure, demeure aux manettes. C’est lui qui, depuis des années, tire les ficelles de la marionnette qu’était devenu Abdelaziz Bouteflika, président impotent aux mains d’un carré de fidèles omnipotents", note Laurent Bodin de L’Alsace.

"Ces stratèges hauts gradés ne céderont pas facilement leur place. Ni leurs privilèges, acquis tout au long de ces décennies passées à tirer dans l’ombre les ficelles du régime et de leur vieille marionnette présidentielle", affirme Benoît Gaudibert de L’Est Républicain qui redoute "un scénario à l’égyptienne, où les généraux avaient fini par confisquer son Printemps au peuple de la place Tahrir".

Dans La Montagne, Bernard Stéphan est plus optimiste : pour lui, l’Algérie "est un État, elle a des institutions et une administration. Ce sont finalement des bases solides, pourvu qu’elles soient nettoyées de la corruption, pour une révolution douce."

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